DOSSIER – MBACKÉ VILLE REBELLE / 24 mois sans payer les factures d’eau… Sen’Eau et populations faisant usage d’armes non conventionnelles ! À qui le dernier mot ?

Dans le cadre de la lutte contre la distribution par la Sen’Eau d’une eau « mauvaise et porteuse dé maladies », une association dénommée « And Sopi Ndoxu Mbacké » a réussi à convaincre une importante partie de la population à refuser de payer les factures. La rébellion a démarré depuis août 2019 et le refus de payer les factures depuis plus de 24 mois. Encore aujourd’hui, ce refus se poursuit. En réaction à celle-ci, la société de distribution de l’eau a tenté de réagir avec des moyens, somme toute, non conventionnels.

AOÛT 2019… DÉBUT DE LA RÉBELLION.
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C’est spontanément que le combat a démarré. Un groupe d’adultes forme un collège d’attaque et s’arme d’arguments solides tirés de diagnostics faits par un laboratoire. L’eau de Mbacké est « estampillée nocive à la santé et surtout à celles des femmes enceintes, des personnes âgées et des enfants. »

La structure prend forme et entame le combat via les médias. En janvier 2020, elle passe à la vitesse supérieure et prend une décision inédite : celle de ne plus payer les factures. Nous sommes le vendredi 10 janvier. Un sit-in est organisé devant la direction de Sen’Eau. Les manifestants parlent d’eau saumâtre, salée et impropre à la consommation. La manifestation est illégale car non autorisée par l’exécutif local. Avertis de la situation délétère qui prévalait devant les locaux de Sen’Eau, la police dépêche ses troupes. Quelques membres de l’association seront arrêtés avant d’être relâchés… Le combat venait d’aborder une tournure historique. Mbacké, ville bouillante devant rebelle.


MARCHE AUTORISÉE – LA RÉUSSITE !
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Nous sommes le 16 août 2019. Un vendredi !  Il faisait 40 degrés à l’ombre. 

” De mémoire d’homme, jamais une marche aussi populaire n’a été organisée, par le passé, dans la commune de Mbacké ”, murmura à notre oreille ce sexagénaire, foulard rouge autour du cou se dandinant derrière la foule. Il peinait à suivre le rythme, mais ne s’empêchait pas de répéter  fébrilement le slogan : ” Ndox mu neex lañu beug ”. Son message était entrecoupé par une toux qui le fragilisait au fur et à mesure que le peloton avançait. Son index de la main droite devait parcourir plusieurs fois son front pour essuyer la sueur qui coulait et qui pénétrait dans ses yeux. Notre sexagénaire ne voulait pas rater cette manifestation qu’il attendait depuis trente ans. Sa cadence ralentissait par moment puis reprenait de plus belle. Il était certes fatigué, mais tenait à boucler le trajet et son sourire qui laissait entrevoir des dents grillées par l’eau saumâtre le trahit. ” Ça aussi, ça me fait mal ”, nous faisait-il noter. 

Lui comme ces centaines d’hommes, de femmes et de personnes du troisième âge avaient d’un commun accord décidé de parcourir une partie de la ville pour atterrir devant le préfet Mamadou Lamine Mané. Leur désir c’était de marteler leur ras-le-bol de devoir encore se résoudre à boire de l’eau saumâtre, trop salée et, disaient-ils, dangereuse pour la santé. Le calvaire dure depuis une trentaine d’années, dira un jeune leader, essoufflé.  

Au-delà des arguments pertinents décelables dans le discours, il y a surtout l’engagement avec lequel ces discours étaient livrés. La marche qui était à l’initiative de Mbackois regroupés dans une association dénommée ” And sopi ndoxu Mbacké ” avait pris fin devant l’exécutif local qui aura reçu le mémorandum à côté d’un responsable de la SDE.  

La SDE ? Parlons-en ! Pour ce vendredi 16 août, l’entreprise avait passé une mauvaise journée. Les marcheurs l’avaient, en effet, traité de tous les noms d’oiseaux l’accusant d’être la source de tous les maux qui gangrénaient jusque-là le quotidien des populations de la commune. 


DES PREMIÈRES NÉGOCIATIONS PLOMBÉES
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Fort de ce qui précède, les manifestants font peur. Des négociations sont entamées et elles mettent autour d’une même table autorités de la SDE et l’aile dirigeante de ” And Sopi Ndoxu Mbacké ”. Ce jour-là, seul l’échec aura filtré. La révélation est de Assane Ndiaye, porte-parole du jour de la structure.

C’est lui qui révélera que le comité avait fini de recueillir les prières du Khalife Général des Mourides, obtenu l’aval du Khalife Général des Baay-Fall qui leur a envoyé une lettre d’encouragement et décroché le soutien des Khalifes de Mbacké Khéwar et de Darou Salam.

Aux chefs religieux, il leur a été fait savoir que l’eau est nocive à la santé des populations et même à celle des arbres et que Gandiaye et Fatick ont une eau  traitée… Pourquoi Mbacké, qui est une ville historique et religieuse ? » Celui qui deviendra en décembre 2021 le meilleur enseignant Ouest – Africain de mettre en garde, en son temps, les futurs pèlerins qui choisiront de séjourner à Mbacké lors du prochain magal de Touba les invitant à se préparer en conséquence. ” Nous avons fait des prélèvements et les avons fait analyser. Les résultats sont scandaleux et alarmants. Cette eau pose un problème de santé publique. ” (…).  ”Nous irons jusqu’au bout. Nous avons rencontré les autorités de la Sde. Mais elles n’ont rien dit de probant. ”


FÉVRIER 2020 – PREMIÈRES BISBILLES
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Le mot d’ordre est entendu des populations et le respect de celui-ci par ces dernières est large. La Sen’Eau constate l’air décidé de réagir. Le lundi 03 février 2020, le SG de l’association confie à Dakaractu n’avoir plus payé de factures depuis le grand magal de Touba, histoire de dénoncer la mauvaise qualité de l’eau distribuée. Le mardi 04 février 2020, des agents de Sen’Eau  débarquent à quelques mètres de chez lui, creusant pour atteindre le tuyau qui va directement dans sa maison et qui lui sert l’eau en question.   

Déduction : Sen’Eau a voulu sévir contre Serigne Cheikh Mbacké Dieng pour le sanctionner de sa témérité et avertir ceux qui voudraient l’imiter dans son attitude récalcitrante. 

Réaction immédiate : Serigne Cheikh Mbacké Dieng et ses amis s’interposent pour que “nulle forfaiture” ne soit commise. L’équipe de Sen’Eau sera ainsi sommée d’arrêter ses activités et de vider les lieux. 

Conséquence : les échanges tournent rapidement mal et des échauffourées s’en sont suivies. Finalement, c’est la police qui viendra imposer le calme et convoquer les protagonistes. Devant les limiers, le directeur de Sen’Eau-Mbacké dira qu’il ne s’était point agi pour ses agents de délester le sieur Dieng “de son eau”, mais d’effectuer des travaux visant à réparer le réseau défectueux par endroits.  Bref… ! 

Après moult palabres, il sera retenu, sous le contrôle de la police, de laisser aux agents de Sen’Eau le soin de terminer leurs travaux avec une assurance donnée de ne pas couper le robinet à Cheikh Mbacké Dieng. 

Ce dernier confiera, quelques minutes plus tard, que les populations de Mbacké n’ont aucun contrat avec Sen’Eau et que cette société n’avait nullement le droit de recouvrer les factures de la défunte SDE…


JUILLET 2020- BRAS DE FER
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À côté des adultes au discours radical, des jeunes  très engagés à faire le reste du boulot.  

En juillet, Serigne Maï Seck, Président du Conseil communal de la jeunesse, déjà dedans s’engage davantage. Interpellé par Dakaractu-Touba, le jeune leader s’était montré catégorique dans son discours. “Nous ne payons rien et quiconque est victime de coupures, il peut juste nous contacter. Nous avons mis à la disposition des populations un numéro de téléphone. Il suffit que nous en soyons informés pour rétablir la distribution de l’eau au nom de l’association.” (…) .

“De juillet 2019 à  aujourd’hui, la structure ne cesse de s’agrandir. Cela fait 09 mois que nous payons aucun…


www.dakaractu.com

via DAKARACTU

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