Exclusif: “Je ne leur ai rien fait, je ne sais pour quelle raison, ils sont venus et ont brulé ma maison”, Jacques Martin

L’affaire du gardien, tué dans l’enceinte de l’entreprise Oasis Boucotte et abandonné dans une fosse septique, continue d’avoir des conséquences. Alors que la gendarmerie semble en avoir fini avec ce dossier, Kéwoulo est retourné sur les lieux du crime pour tenter de comprendre ce qui s’y est passé ce 27 juin 2021 et les jours qui l’ont suivi. Dans ce cadre, Kéwoulo a fait parler de nombreux témoins dont Jacques Martin. Ce dernier, français né à Ziguinchor, travaillait comme mécanicien dans cette entreprise qui fournissait de l’eau, de l’électricité, des poulets, des légumes, des fruits et offrait des dizaines d’emplois aux populations autochtones de Boucotte Diembéring et de Kabrousse. Et c’est dans une fosse septique de cette entreprise-là que le corps du gardien Georges Emafaye Diatta de Kabrousse Nialou a été retrouvé. Révoltée par la découverte du corps de l’un des leurs, les populations venues en masses assiéger les locaux ont tout saccagé avant d’aller dans la village de Cap Skirring mettre le feu aux domicile des Blancs, les patrons de leur parent tué.

L’affaire commence peu à peu à tomber à l’oubli. Mais, malgré le temps et le silence gênant des autorités sénégalaises, les séquelles de ce cette émeute cachée au grand public ont du mal à disparaitre du souvenir des populations concernées. Comme en témoignent les débris encore visibles de ce qui reste de ce florissant site qu’était l’Oasis Boucotte Diembéring. Parce que ce drame a aussi créé des antagonismes encore vifs entre les populations locales et leurs “cousins” de Kabrousse venus, ce 28 juin, chercher l’un des leurs qui avait disparu depuis 48 heures et dont la découverte du corps a transformé l’une des rares entreprises qui employaient encore du personnel local en un tas de ruines… Si le drame de Boucotte Diembéring est “une affaire réglée” pour les autorités politiques comme judiciaires locales, pour Jacques Martin comme pour toutes les victimes de cette expédition punitive organisée par des gens de Kabrousse rien ne peut être oublié. Et, Jacques Martin continue à se demander comment des personnes qu’il connaissait depuis des années, qui l’ont fréquenté assidument pour certains ont pu participer ou accompagner d’autres qu’il croit avoir ou reconnu à venir saccager sa maison et à mettre le feu à ses biens.

C’est le 26 juin 2021 que le cauchemar de Jaques Martin a démarré. Ce samedi, tôt le matin, il avait appris que le vigile de son entreprise, Georges Emafaye Diatta, un ami personnel très lié à l’épouse de Jacques, n’avait pas donné signe de vie depuis la veille. Croyant qu’il serait, tout juste, parti cueillir du vin de palme -comme il en avait l’habitude- sans alerter ni sa famille ni son entourage, Jacques Martin avait comme l’ensemble du personnel de l’entreprise, Oasis Boucotte Diembéring, cru que Georges Emafaye Diatta n’allait pas tarder à réapparaitre. Mais, avec le temps, l’absence de l’homme a continué  à inquiéter plus d’un. L’inquiétude de Jacques Martin, comme de l’ensemble de ses collègues, a davantage monté en flèche au fur et à mesure que des hordes humaines, composées d’hommes en armes, de femmes munies de machette et flanquées d’amulettes et autres objets du bois sacrés, venaient entourer le site pour organiser divers types de pratiques animistes pour, à défaut de retrouver Georges Emafaye Diatta, repérer les personnes responsables de sa disparition. Et les sanctionner.

Reconnu par les populations, Jacques Martin a été le premier blanc interpellé par les notables de Kabrousse pour s’expliquer sur la disparition soudaine de Georges Emafaye Diatta. “Ils m’ont amené dans un coin et m’ont posé des questions sur un ancien employé de l’entreprise, originaire de Diembéring. Parce qu’ils ont appris que Georges Emafaye Diatta avait interpellé cet homme qui était, de nuit, entrer sur le site avec une clé et voulait dormir dans un local. Et l’intrus lui aurait dit que c’est moi qui lui avait donné cette clé.” A fait savoir Jacques Martin. Soumis à un interrogatoire extra judiciaire très musclé, Jacques avait expliqué que s’il avait donné cette clé à cet homme qui disait “avoir échappé à une agression de personnes non identifiées au Cap Skirring”, “c’était à la demande de (son) directeur général, Olivier Moussiaux”. Et lui, un simple employé, ne pouvait de son seul vouloir entreprendre quoi que ce soit dans cette entreprise; sans l’aval de son patron qui devait décider s’il allait ou non donner une suite judiciaire à cette intrusion nocturne.

“C’est lui qui n’a jamais porté plainte. Il avait fait convoquer Joseph Faye et a récupéré les clés avant de le laisser partir.” A t-il fait savoir. Et si, lui, Jacques ne voit aucun mal au fait que le directeur n’a jamais donné de suites judiciaires à l’affaire, les populations de Kabrousse, elles, croient dur comme fer que “si les responsables de l’entreprise avaient pris leurs responsabilités, porté plainte et pris plus de gardiens sur le site, jamais leur parent, Georges Emafaye Diatta, n’aurait été tué. Mais, ils ont sacrifié notre parent.” Avaient déclaré des notables de Kabrousse interpellés par Kéwoulo au cours de notre enquête. Auparavant, c’est pendant qu’il était soumis à cet interrogatoire illégal que Jacques Martin a vu un homme s’avancer vers les regards des fosses septiques, prendre leurs trappes et les ouvrir les uns après les autres, le téléphone collé aux oreilles comme si on lui dictait l’endroit. “Soudain, quand il a ouvert l’un d’eux, il a jeté le couvercle, a rangé son téléphone et a fait appel aux notables. C’est à ce moment-là que j’ai compris qu’il avait découvert le corps de Georges Emafaye Diatta. Ensuite, je me suis levé, je suis venir voir le contenu de la fosse et j’ai vu le corps.” A témoigné Jacques Martin.

Comprenant que l’annonce de cette nouvelle à la foule allait créer une vague de violence dont Jacques Martin, seul Blanc sur place, pourrait être la victime, le chef du village de Kabrousse Nialou, Matar, lui a demandé d’aller fermer le portail du site et d’aller immédiatement se réfugier à la gendarmerie de Cap Skirring, à 5 km du site. “En cours de route, j’ai récupéré une de nos secrétaires, Mamy Ndiaye bet l’ai déposé chez elle. Ensuite en passant par chez moi prévenir ma femme, je suis allé me réfugier à la gendarmerie où j’ai trouvé Olivier Moussiaux. Avec lui, nous avons, sur conseil du commandant de la brigade, décidé de nous rendre à Ziguinchor. C’est de là-bas que j’ai appris que les populations de Kabrousse sont venues saccager mon domicile. Détruire mes biens et mettre le feu à tout. Je ne sais pas ce que je leur ai fait. Je ne m’en remettrai jamais; parce que ma maison, je l’ai toujours dans ma tête. Aujourd’hui, je viens plusieurs fois par jour voir ce qui reste de ma maison. Je n’y prends rien, je tourne en rond et m’en vais.” A conclu Jacques Martin.

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