A Belfast, « on ne veut pas du retour des “Troubles” »

Publié aujourd’hui à 05h47

Vendredi 9 avril, le soleil se couche sur Belfast, les rues sont vides, hormis quelques taxis et des Land Rover blindées de la PSNI, la police d’Irlande du Nord, qui filent vers les quartiers ouest et nord, tandis qu’un hélicoptère tourne dans le ciel au-dessus de la capitale nord-irlandaise. Après huit nuits d’affilée de violence, plus de 70 blessés côté policiers, les responsables des communautés loyaliste et protestante (fidèles à la couronne britannique) et nationalistes (catholiques, pro-réunification avec la République d’Irlande) viennent de lancer un appel au calme. Michelle O’Neill, la vice-première ministre d’Irlande du Nord et du Sinn Fein (le parti irlandais pro-réunification), a appelé « tous les jeunes à rester à la maison ». Les dirigeants loyalistes leur ont recommandé de « marquer du respect à la reine et à la famille royale », après la disparition, le matin même, du Prince Philip.

Des adolescents du quartier de Sandy Row, unioniste et majoritairement protestant, à Belfast, le 9 avril 2021.

Sur Donegall Road, au sud du centre-ville, quartier loyaliste, une poignée d’adolescents traînent des palettes sur la route. Un début de barrage ? « Non, on est paisibles, on ne fait rien ce soir par respect pour la famille royale », lance l’un deux. Les palettes sont balancées par-dessus un mur dans un terrain vague, « c’est pour l’Orange Day [en juillet, les loyalistes organisent des défilés et d’immenses feux de joie], on commence tôt, ça sera énorme ! », explique le garçon, sur la défensive mais pas agressif. Rien ne se passera effectivement ce soir de ce côté-ci de la ville.

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Scène mi-bon enfant, mi-brutale

C’est au nord, dans le quartier de New Lodge, qu’auront lieu des échauffourées. Au bas de New Lodge Road, côté nationalistes, des dizaines d’ados et de pré-ados – quelques-uns très jeunes, 10 ans tout au plus – caillassent les Land Rover de la police qui barrent la rue. Les voitures accélèrent sporadiquement pour disperser les jeunes. La scène est mi-bon enfant, mi-brutale : les trottoirs sont pleins de monde. Des jeunes filles, sacs à main en bandoulière, prennent des selfies. Des dizaines d’adultes, chiens en laisse, discutent en gardant un œil sur les jeunes, des femmes qui pourraient être leurs mères surveillent aussi la scène sans intervenir, tout comme une poignée de travailleurs sociaux du quartier. Des voitures se sont parquées en amont, les gens ont coupé le moteur et observent en curieux.

De jeunes habitants du quartier nationaliste et majoritairement catholique de New Lodge, à Belfast, font face aux forces de l’ordre, le 9 avril 2021.

« On n’a rien à faire, il n’y a que du Prince Philip à la télé, ce n’est pas pour nous, donc on sort ! Les jeunes brûlent juste des planches, tant que les adultes ne sont pas impliqués ce n’est rien », relativise Ricky, sur le pas de sa porte. « Le protocole nord-irlandais [qui instaure une frontière douanière en mer d’Irlande après le Brexit], les funérailles de Bobby Storey [un ex-membre de l’IRA enterré en juin 2020 en violation des règles du confinement, et en présence de 2 000 participants nationalistes que la police, début avril, a décidé de ne pas poursuivre], tout ça, ce sont des prétextes pour les loyalistes, ce sont eux qui ont commencé ! », ajoute l’homme, la soixantaine, qui vient d’être mis au chômage partiel par son entreprise de stockage.

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via LeMonde

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