A Beyrouth, la flambée des prix suscite sidération et angoisse

Des véhicules font la queue devant une station service à Msayleh, au Liban, le 16 mars 2021.

Sur les murs d’une supérette du quartier de Ras El-Nabaa à Beyrouth, des photos anciennes de la ville. A la caisse, Aymane jongle avec le yo-yo du dollar, après une brusque dégringolade de la livre libanaise (LL) face au billet vert : parce que la majorité des biens consommés sont importés et donc achetés en devises, l’impact sur les prix est foudroyant. « Chaque heure, je vérifie le cours », dit le manageur (un dollar vaut aujourd’hui environ 14 000 LL, contre 1 500 à l’été 2019). Il réajuste les factures dues aux fournisseurs et les prix à la vente. Dans les rayons, ceux-ci ne sont plus indiqués. « Quand on les découvre, on écarquille les yeux », s’exclame Abdelrazek, un enseignant.

Le pays est en faillite et l’hyperinflation vertigineuse. Aymane le sait : « Le magasin risque d’être pillé ou cassé », au fur et à mesure que les prix galopent. Le commerce a embauché des vigiles la nuit. En journée, c’est inutile : les employés sont plus nombreux que les clients. « Les gens sont énervés, angoissés, malheureux », rapporte-t-il. Les plaintes et les cris font partie du quotidien. Dans d’autres supermarchés, des rayons ne sont plus achalandés. Sur la Toile, des scènes de dispute dans des commerces ou, au contraire, celles du « triomphe » de clients parvenus à s’emparer d’un produit subventionné – comme l’huile ou la farine – sont nombreuses. Ces crispations sont aussi nourries par la panique.

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L’humiliation était pourtant évitable avec un plan de redressement. Partis politiques, banques et banque centrale ont fait capoter celui que le gouvernement démissionnaire avait élaboré, au printemps 2020. Depuis, il n’y a plus de feuille de route. Au lieu d’une juste répartition des pertes, la société paie le prix du violent réajustement en cours. La fin des subventions, annoncée comme imminente, devrait davantage enfoncer les ménages les plus pauvres. Un prêt controversé a été contracté auprès de la Banque mondiale pour les soutenir.

« On n’a aucun repère »

Le cataclysme actuel révèle un pays toujours plus à deux vitesses. « Ceux qui ont un apport en devises, par leur salaire ou de la famille à l’étranger, profitent de la situation. Mais nous qui avons de petits salaires en livres libanaises, on va vers la faim », dit Rim, enceinte de son premier enfant. Venue à la supérette acheter une man’ouché, la pizza levantine, à l’heure de la pause, Lina, fonctionnaire de 35 ans, s’inquiète, plus que tout, du climat anxiogène : « On n’a aucun repère, on ne comprend pas ce qui se passe. Je ne dépense que le nécessaire, j’essaie d’avoir un peu d’épargne, en cas de gros coup dur sécuritaire. »

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via LeMonde

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