A Del Rio, au Texas, l’afflux de réfugiés haïtiens met à l’épreuve la politique migratoire de Biden

Jean-Michel Beaudouin, sa compagne Anes, et leur fille de 2 ans, à Del Rio, Texas, le 23 septembre 2021.

Ils n’ont rien. Des claquettes aux pieds, un sac à dos poussiéreux, contenant des couches pour le bébé et quelques tee-shirts. Mais ils s’accrochent aussi à une pochette en plastique avec leurs documents d’immigration. C’est leur trésor, leur espoir, la récompense de tant d’épreuves endurées. Jean-Michel Beaudouin, 28 ans, et sa compagne Anes, 26 ans, se tiennent parmi une vingtaine de migrants alignés devant un centre d’accueil, en banlieue de la ville texane de Del Rio, non loin du pont international conduisant vers le Mexique. Anes tient Jana, leur fillette âgée de 2 ans, qui a les yeux hébétés d’émotion et de fatigue. La petite serre une peluche, offerte par un volontaire local. Elle ne le sait pas encore, mais l’Amérique vient de lui ouvrir ses bras, en ce 23 septembre. De façon confuse et un peu honteuse, empêtrée dans les contradictions d’une politique migratoire peu lisible.

Ville de 35 000 habitants, Del Rio manque de charme mais pas d’histoires. Depuis dix jours, elle fait la « une » de l’actualité américaine, en raison de l’afflux soudain et massif de réfugiés – pour l’essentiel des Haïtiens – ayant traversé le Mexique, puis les eaux basses du Rio Grande, dans l’espoir d’une vie forcément meilleure. Jean-Michel Beaudouin et Anes ont quitté Haïti en 2013. « Il y avait trop de problèmes et de violence. Et pas moyen de trouver un boulot quand tu as fait des études comme moi. » Le couple a vécu cinq ans à Sao Paulo, au Brésil, puis a repris la route, passant au Chili, en Colombie, avant de se décider à rejoindre les Etats-Unis. Mais, après avoir passé le fleuve, Jean-Michel et Anes se sont retrouvés dans un camp en plein air, sous le pont de Del Rio. « C’était très dur », dit-il, sans détailler. Le bruit, la faim, la chaleur, la crasse.

Lorsque le flux des migrants arrivant en provenance de Ciudad Acuña, au Mexique, s’est soudain intensifié, les forces locales ont été débordées. Jusqu’à 14 000 hommes, femmes et enfants se sont entassés au soleil, dans le dénuement total. Les images, prises par drone, de ce camp improvisé, digne des catastrophes humanitaires dans le monde sous-développé, ont captivé les chaînes de télévision. Mais l’affaire a pris une dimension politique nouvelle lorsque des vidéos sont apparues, le 19 septembre, montrant des agents de la police aux frontières, à cheval, faisant barrage aux migrants de façon menaçante, lanière à la main. La résonance dévastatrice de cette séquence a fait écho à un débat plus large, celui sur les discriminations dont sont victimes les Noirs. « C’est embarrassant, a dit Joe Biden, vendredi 24 septembre, après de longs jours de silence. C’est plus qu’embarrassant. C’est dangereux. C’est mal. Cela envoie le mauvais message au monde, le mauvais message chez nous. »

Il vous reste 70.01% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess