A Glasgow, l’espoir sans gloire des laissés-pour-compte

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Publié aujourd’hui à 14h51

Les statistiques sont glaçantes. A Glasgow, l’espérance de vie des hommes est de 73,6 ans, contre 79,4 ans au Royaume-Uni. Dans le quartier défavorisé de Possilpark, elle descend même à 66 ans, le même niveau qu’en Erythrée. Pour les femmes, elle atteint 78,5 ans en Ecosse et 73,1 ans dans ce quartier, contre 83,1 ans au Royaume-Uni. Pour évoquer ce phénomène de surmortalité des plus pauvres, la presse britannique a développé le concept de « l’effet Glasgow », un mélange de mauvaise hygiène de vie et de pauvreté qui raccourcit la vie.

Kirsty Mackay, 50 ans, ne veut pas entendre parler de cette expression. La photographe, qui a grandi dans un quartier pauvre de Glasgow dans les années 1970 et 1980, ne la supporte plus : « Cela donne l’impression que c’est de la faute des Glaswégiens. » Pour elle, aucun doute, « la ville a été victime des politiques publiques ». Les morts prématurées, les nombreux suicides des jeunes, les overdoses sont les conséquences de choix politiques.

Le poids de la fatalité

De 2016 à 2020, pour son projet The Fish That Never Swam (« le poisson qui n’a jamais nagé »), la photographe est retournée dans sa ville de cœur, où habite encore une grande partie de sa famille, pour chroniquer la vie quotidienne de ces laissés-pour-compte. Mais pas question de tomber dans le voyeurisme, le « poverty porn » comme elle l’appelle. Kirsty Mackay a choisi de présenter les gens, inscrits dans leur vie quotidienne et souvent porteurs de projets positifs.

Elle montre une association qui organise des matchs de football pour hommes dépressifs. Elle a suivi Billy, un étudiant en sciences politiques de 19 ans, dont les enseignants au lycée n’envisageaient même pas qu’il puisse poursuivre des études à l’université. Finalement, « il a eu la chance de bénéficier d’un programme de tutorat, qui l’a aidé à soigner sa dyslexie. »

« C’était important pour moi de photographier un bébé, de montrer combien le lieu de sa naissance déterminera sa vie. » Kirsty Mackay

Mais elle connaît aussi le poids de la fatalité. Kirsty Mackay a pris en photo Debbie, avec son nouveau-né de quelques jours dans les bras. « C’était important pour moi de photographier un bébé, de montrer combien le lieu de sa naissance déterminera sa vie. »

Chris, dans son appartement de Queen’s Park, un quartier populaire de Glasgow.

Les choix politiques que dénonce la photographe se sont abattus sur Glasgow en trois vagues. La première est arrivée dans les années 1950. La mairie a détruit les bidonvilles et a relogé leurs habitants dans de grandes tours ou dans des logements sociaux situés en périphérie, loin de tout. « Les gens ont été dispersés, ce qui a brisé les communautés, se souvient la photographe. Ma grand-mère et sa sœur, qui habitaient dans le même quartier, se sont retrouvées loin l’une de l’autre. Les solidarités tissées entre les gens se sont effritées. »

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via LeMonde

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