A Hô Chi Minh-Ville, l’hôtel Rex, un vétéran du Vietnam

Après l’averse de mousson, la soirée est douce sur le toit-terrasse de l’hôtel Rex. D’ici, les milliers de scooters pétaradant en bas sur la rue Nguyên-Huê forment une rumeur supportable. Avec sa couronne éclairée au milieu de deux éléphants gris en plastique, ses bambous dans les pots et ses chaises en fer forgé, le bar-restaurant semble d’une autre époque. Du temps peut-être où Hô Chi Minh-Ville s’appelait encore Saïgon.

Les touristes étrangers sont encore peu nombreux après que les frontières ont rouvert, le 15 mars, après le pic de la pandémie. Les Vietnamiens aisés forment la plus grande part de la clientèle. Ce samedi soir de mai, ils dînent en amoureux, partagent un repas entre collègues ou fêtent des anniversaires sur fond de romances espagnoles et de morceaux de techno-pop locale, choisis par deux jeunes femmes DJ.

Au-dessus de la terrasse brille une enseigne : « Five O’clock Follies » (« les folies de cinq heures »). Titre d’une vieille comédie musicale du début du XXe siècle, le nom du bar de l’hôtel ­renvoie au conflit armé qui a détruit le pays entre 1964 et 1975. Les journalistes avaient ainsi surnommé les conférences de presse que l’état-major américain tenait chaque jour au Rex, vers 17 heures. Une manière de moquer ces briefings qui alignaient les demi-vérités et les faits soigneusement sélectionnés, pour donner l’impression que les Etats-Unis gagnaient la guerre. Depuis, l’expression a fait florès dans les médias anglo-saxons, qu’il s’agisse de critiquer la véracité des informations officielles sur la première guerre du Golfe ou les sorties de Donald Trump estimant la pandémie de Covid-19 « very much under control » (« très largement sous contrôle »).

Les vœux pieux de l’armée américaine

Contrairement à ce qu’ont affirmé certains articles, ces « Follies » ne se tenaient pas sur le toit, mais au rez-de-chaussée. Même s’il fut induit en erreur par Internet qui colporte cette fausse information, Tao Van Nghê, directeur de l’hôtel de 2010 à 2015, est fier d’avoir exhumé l’expression pour baptiser le bar – et même un cocktail. « La présence des Américains et des journalistes au Rex avant la libération [le 30 avril 1975], c’est de l’histoire, donc c’est bon pour le marketing et le business », lance-t-il, l’œil souriant derrière ses lunettes cerclées de fer, dans un café du centre-ville.

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via LeMonde

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