A Hongkong, les autorités soucieuses de rééduquer la jeunesse de manière plus patriotique


Des étudiants hissent le drapeau chinois dans une école du district de Yuen Long, à Hongkong, le 30 septembre 2021.

LETTRE DE HONGKONG

Centré sur la sécurité nationale, le patriotisme, l’identité et l’ordre public, le nouveau cours de « citoyenneté et développement social » sera lancé à Hongkong à la rentrée prochaine dans les classes de lycée, en remplacement des liberal studies, qui mêlaient culture générale et philosophie, initiant les élèves à la pensée critique.

Le camp pro-Pékin semble convaincu que cette discipline inculquait à la jeunesse hongkongaise des idées biaisées et toxiques, ainsi que des aspirations démocratiques incontrôlables. En 2014, la jeunesse s’était mobilisée pendant soixante-dix-neuf jours contre les réformes politiques proposées par Pékin, jugées insuffisamment démocratiques ; et en 2019, une opposition massive à un projet de loi d’extradition vers la Chine avait dégénéré au fil des mois vers des émeutes antigouvernementales violentes, donnant lieu à plus de 10 000 arrestations.

Dans les nouveaux manuels, les événements de 2019 sont décrits comme des « activités terroristes violentes », « manipulées par des forces étrangères ». Le quotidien hongkongais de référence, Ming Pao, a remarqué que certains manuels avaient, par endroits, tout bonnement copié-collé, sans les citer, des communiqués officiels.

Une lettre ouverte de Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif hongkongais, a également été reprise mot pour mot dans un ouvrage où on lit, au sujet des événements de 2019, que la communauté est « traumatisée » et que « la violence des émeutiers s’est intensifiée, avec des armes à feu illégales et des explosifs qui représentent une menace terroriste ».

Les raisons de ces émeutes sont par ailleurs quasiment passées sous silence. Le quotidien Sing Tao a, pour sa part, relevé que les photos des grandes marches pacifiques annuelles de contestation sociale du 1er juillet 2019 avaient toutes disparu.

Effacer le mot « colonie » de la mémoire collective

Renforcer le patriotisme chinois et remettre la jeunesse locale dans le droit chemin en espérant lui faire oublier ses rêves de liberté à l’occidentale est indéniablement une priorité des autorités. L’un des manuels mentionne d’ailleurs l’expression « sécurité nationale » 400 fois au cours de ses 121 pages.

Alors que la loi de sécurité nationale (LSN), imposée en juin 2020 pour punir quatre crimes (sécession, subversion, terrorisme, complot avec des forces étrangères en vue de nuire à la sécurité nationale), a instauré ce que les partisans prodémocratie n’hésitent pas à qualifier de « régime de terreur » – environ 200 militants prodémocratie sont en prison –, on lit, dans l’un de ces manuels, que la LSN « respecte et protège les droits humains et garantit l’Etat de droit ». Le rôle, décrit comme bienveillant et solidaire, de la Chine à l’égard de Hongkong, notamment pendant les périodes difficiles, et plus récemment pendant la pandémie de Covid-19, est en outre largement mis en exergue.

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via LeMonde

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