A Kiev, le statut précaire des opposants biélorusses


Karina Potemkina dans un parc à Boutcha, en Ukraine, le 19 juin 2022.

« Les Ukrainiens et les Biélorusses sont voisins. Je n’ai même pas songé à quitter le pays », affirme Karina Potemkina, sur un banc d’un parc ensoleillé de Boutcha, dans la périphérie de Kiev. Réfugiée en Ukraine après avoir fui la répression politique dans son pays, en décembre 2021, la femme de 31 ans a fait partie des nombreux Biélorusses ayant pris la décision de rester malgré le début de l’invasion, le 24 février. Après le retrait des forces armées russes de la région de Kiev, début avril, elle avait participé aux recensements des cadavres de cette ville martyre de Boutcha. Elle est aujourd’hui bénévole pour aider à la réinstallation des déplacés internes du conflit.

Karina Potemkina vivait légalement en Ukraine, depuis fin 2021, mais n’avait pas réussi à demander un permis de séjour avant la guerre. L’utilisation du territoire biélorusse par les forces armées russes pour lancer l’offensive sur Kiev et envoyer des missiles sur le territoire ukrainien l’oblige désormais à quitter l’Ukraine. Début juillet, après que la jeune femme s’est présentée aux services de l’immigration afin d’obtenir le sésame, les autorités lui ont remis un cachet d’expulsion pour le 15 juillet.

« La moitié de mes amis sont en prison »

A partir du 24 février, « toutes les personnes possédant un passeport biélorusse sont devenues suspectes en Ukraine », se désole Franak Viacorka, conseiller spécial de Svetlana Tsikhanovskaïa, la figure principale de l’opposition au régime biélorusse. Si les comptes bancaires gelés de certains exilés ont pu être débloqués grâce au travail du bureau de l’opposante, les Biélorusses présents dans le pays rencontrent de nombreuses difficultés pour obtenir des documents légaux. « Nous parlons de milliers de personnes, déplore Franak Viacorka. Des activistes, des défenseurs des droits de l’homme, des jeunes qui vivaient en Ukraine après les répressions de 2020 et qui ont rejoint des bataillons de combattants pour se battre. Je ne sais pas si vous pouvez trouver des étrangers plus dévoués à soutenir l’Ukraine. »

Karina Potemkina est originaire de Soligorsk, une ville minière au centre de la Biélorussie. Après la réélection frauduleuse d’Alexandre Loukachenko avec plus de 80 % des voix, en août 2020, la femme s’est engagée dans les manifestations de masse qui ont secoué le pays. La tentative de révolution a vite été matée. Dans sa ville, d’anciennes connaissances l’évitent. « Tous les politiciens que je connaissais pour mes activités dans un orphelinat ont cessé de me parler. Personne n’a rien fait pour me protéger. » Fin décembre, se sachant recherchée par les services de sécurité, elle décide finalement de rejoindre l’Ukraine. « La moitié de mes amis sont en prison, la plupart ont été battus », affirme-t-elle dans un murmure.

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via LeMonde

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