A la fac de Malmö, débat en cours autour du racisme

L’université de Malmö, en Suède, s’est intéressée dès sa création en 1998 à des sujets d’actualité, comme les migrations, l’environnement ou le jeu vidéo.

Est-ce raciste de montrer des « blackfaces » et de prononcer le mot « nègre » dans un cours universitaire destiné justement à identifier les stéréotypes racistes dans la ­littérature et le cinéma ? Depuis plusieurs semaines, la question secoue l’université de Malmö, au sud de la Suède, où les tensions ont atteint un tel niveau que sa présidente, Kerstin Tham, ainsi que le recteur de l’université voisine de Lund ont publié une tribune, dans la presse locale, pour s’inquiéter des menaces pesant sur « l’indépendance et les valeurs académiques, centrales dans un pays démocratique ».

L’affaire remonte au 4 février dernier. Comme chaque année depuis 2007, Mariah Larsson, professeure de cinéma et de littérature, spécialisée dans l’étude de la sexualité, donne sa conférence sur les stéréotypes sexuels racistes en master de sexologie. Inaugurée en 1998, l’université de Malmö, qui est aussi la plus jeune de Suède, a opté pour un profil d’enseignement un peu atypique, tourné vers les problématiques contemporaines, telles que l’étude des migrations, les sciences de l’environnement, le développement des jeux vidéo ou l’étude des genres.

Elle termine sans illustration

Cette année, la conférence de Mariah Larsson a lieu par l’intermédiaire de Zoom, pour cause de pandémie. Puisqu’elle s’inscrit dans le cours « sexualité en images et en mots », la professeure montre des photos, des dessins et des extraits de films. « L’objectif n’est pas de choquer ou de provoquer, par contre je suis tout à fait consciente que les images mettent mal à l’aise les étudiants. Je serais inquiète si ce n’était pas le cas », a-t-elle expliqué depuis, dans un texte publié dans le quotidien Sydsvenskan le 16 mars.

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Ce jeudi, elle n’a le temps d’en montrer que quelques-unes : un emballage de bonbon avec des visages grimés en noir, l’acteur franco-suédois Max von Sydow ­interprétant Ming dans Flash Gordon (1980), la couverture de Fifi Brindacier dans les mers du Sud (1948)… Au bout de quelques ­instants, des étudiants interviennent sur le chat : ils sont furieux que Mariah Larsson montre ces images et utilise le mot « nègre ». D’autres, au contraire, demandent à la professeure de poursuivre son cours. Elle opte pour un compromis et termine sa conférence sans illustration.

Max von Sydow interprétant Ming dans Flash Gordon (1980)

Selon Sydsvenskan, les dissensions ne sont pas nouvelles. Dans une lettre publiée par le quotidien le 24 février, un groupe de quinze étudiantes affirment s’être déjà plaintes plusieurs fois que la perspective postcoloniale et la critique des normes étaient ­rarement incluses dans l’enseignement. Elles dénoncent le racisme qu’elles assurent avoir observé « à de nombreuses occasions au cours de la formation ». Elles s’indignent aussi que les travaux de certains des professeurs – « tous blancs » – soient repris par des sites d’extrême droite et affirment souffrir d’« insécurité et de stress minoritaire » (causé par la stigmatisation et la discrimination en raison de l’appartenance à une minorité).

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via LeMonde

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