A Oslo, 24 heures après la tuerie, le quartier gay refuse de s’éteindre : « On fait la fête, car c’est la meilleure chose qu’on puisse faire »


Au César, les habitants et la communauté LGBT sont venus apporter leur soutien et tenter de faire la fête, vingt-quatre heures après l’attaque mortelle dans le quartier gay d’Oslo.

En ce début de soirée, les enceintes aux fenêtres chantent à tue-tête Gimme ! Gimme ! (A Man After Midnight), d’Abba. Vingt-quatre heures après la tuerie, pour sa première soirée d’après, Oslo refusait de se drapper de noir, autant que la musique de s’y taire.

Malgré l’attentat de la nuit précédente, l’annulation de la parade LGBT, le passage de la menace terroriste à son niveau maximum, ce soir, ils sont pourtant des dizaines et des dizaines entassés à la longue terrasse du César, le bar gay le plus proche de la fusillade, du moins l’un de ceux en mesure d’ouvrir ce soir.

La veille, c’est la nuit norvégienne qui a été touchée en plein cœur. Vendredi 24 juin, vers 1 h 10, le tireur présumé a ouvert le feu aux abords du London Pub, une institution LGBT ouverte à tous, en pleines festivités de l’Oslo Pride, principale fête des fiertés des minorités sexuelles en Norvège.

Dans la queue qui s’allonge pour pouvoir accéder au César, Allan, Iranien bodybuildé aux grands yeux farceurs, plaisante en farsi avec son ami afghan Jack, lui aussi né en Norvège et de double culture. S’il vient au César, c’est avant tout parce que sa petite amie l’a invité. « Mais c’est aussi pour montrer notre soutien. Ce qui est arrivé hier, cette merde, c’était atroce, inutile. » Quelques minutes avant, il pérorait – sur le ton de l’humour, précise-t-il – sur l’hypothèse d’un nouveau tueur ce soir. « Mais on ne va pas se barricader pour eux, il ne manquerait plus que ça », lâche-t-il dans un grand sourire assuré.

Chez d’autres, c’est surtout la fébrilité qui prédomine. « La journée a été dure pour tous, c’était terrible, mais nous avons décidé au dernier moment de sortir. On veut s’amuser, parler à d’autres gays, oublier », explique Sandra Sagmyr, petite brindille de 21 ans aux profonds yeux bleus cerclés de symboles LGBT. Elle était venue exprès de Trondheim pour sa première Oslo Pride. Avec sa petite amie, elles repartiront avant même d’être entrées.

En signe de solidarité, de nombreuses personnes, souvent en larmes et silencieuses, ont déposé des drapeaux arc-en-ciel et des fleurs près des lieux de l’attaque bouclés par la police.

Cris de fête et flashs traumatiques

A l’intérieur du César, la fête renaissante le dispute à l’émotion. De vieux amis se tombent dans les bras pendant de longues minutes, immobiles. L’un des serveurs circule dans les allées, le visage fermé comme une pierre. L’une des deux victimes était son ami.

Halvor Sebastian, 55 ans, chapeau de cow-boy arc-en-ciel, en kilt vert sur une chemise noire, était au London Pub la veille. Il raconte, d’une voix douce un peu perdue :

« J’étais en train de commander une bière. J’en avais déjà bu quatre ou cinq, donc mon esprit était déjà bien embrumé. La fenêtre du bar a volé en éclat, et l’alarme incendie s’est déclenchée. Les gens se précipitaient à l’intérieur. Je ne comprenais pas, je me disais, ils sont stupides, s’il y a un incendie, pourquoi rentrent-ils au lieu de sortir ? J’étais ivre. J’ai essayé de me frayer un chemin jusqu’à une des portes incendie. Je suis arrivé dans la rue. Il y avait des corps et du sang partout. Un homme était tombé à la renverse, les habits retroussés. Il était mort. La police était déjà là. J’ai une formation militaire, alors instinctivement, je me suis mis à nettoyer la chaussée et déplacer les meubles du bar, pour faciliter les passages des secours, vous voyez ? Je n’avais plus aucune notion de l’heure, tout était flou. A un moment, la police m’a dit que c’était bon, qu’il fallait partir. Je suis retourné voir le barman, je lui ai demandé une dernière bière. (Mimant un visage livide) Il m’a dit : non, Sebastian. Alors je suis sorti, j’ai fait quelques mètres dans la rue. Et j’ai fondu en larmes. »

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via LeMonde

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