A Rio, la prestigieuse « Maison de France » menacée de fermeture

La « Maison de France », œuvre moderniste d’Auguste Rendu et Jacques Pilon achevée en 1956, à Rio, au Brésil.

LETTRE DE RIO

C’est l’un des symboles forts de la présence française au Brésil : la « Maison de France », située en plein cœur de Rio de Janeiro, abrite depuis six décennies et sur treize étages les services consulaires et diplomatiques français, mais aussi une salle de théâtre, un café très couru et une vaste bibliothèque de 23 000 ouvrages, servant aussi de lieu d’exposition, avec vue panoramique sur la baie de Guanabara et le Pain de Sucre…

Mais cet édifice prestigieux est aujourd’hui menacé. Selon des informations obtenues par Le Monde, le ministère des affaires étrangères français réfléchirait sérieusement à vendre sa belle « Maison » de Rio. La décision finale n’est pas encore prise, mais pourrait tomber dans les prochaines semaines. Cette hypothèse provoque d’ores et déjà une émotion considérable chez de nombreux Cariocas.

« Choc », « déception », « tristesse absolue », « fin d’une époque »… les mots choisis par les personnes interrogées sont forts et témoignent d’un attachement quasi viscéral à ces lieux. « Si la “Maison” devait fermer, ce serait une tragédie, tout simplement », témoigne Guiomar de Grammont, écrivaine et commissaire d’une excellente exposition consacrée à la romancière brésilienne Clarice Lispector, actuellement visible dans la bibliothèque.

Lire aussi Article réservé à nos abonnés Malgré Omicron, Rio de Janeiro revit et profite de l’été brésilien

« Un lieu d’avant-garde »

Francophile, Rio l’est depuis toujours. La ville s’est un temps rêvée en « Paris des tropiques », avec son théâtre municipal, copie miniature de l’Opéra Garnier, et ses avenues tracées à la mode Haussmann. Par manque de moyens et d’ambition, la France mit pourtant un certain temps à s’installer ici. Il faudra attendre les années 1930 (cent ans après l’indépendance) pour que le pays se dote d’une ambassade digne de ce nom à Rio, alors capitale.

La « Maison » suit les mêmes affres. Après vingt ans de tergiversations, l’immeuble moderniste sur pilotis, œuvre de l’architecte Jacques Pilon, est inauguré en 1956, avenue Antonio-Carlos. Il devient vite incontournable. « C’est un lieu d’avant-garde », rappelle Mme de Grammont. Les écrivains français de passage au Brésil défilent, l’actrice Fernanda Montenegro y joue ses meilleurs rôles de théâtre. « C’est aussi ici qu’a lieu une rencontre historique entre Clarice Lispector et Alain Robbe-Grillet », ajoute Guiomar de Grammont.

« Ici, les Brésiliens ont découvert la Nouvelle Vague et le Nouveau Roman », complète Laurent Vidal, historien spécialiste de Rio de Janeiro. Durant la dictature militaire (1964-1985), la « Maison » devient même un lieu de résistance. Située à deux pas de la place Cinelandia, où se déroulent les grands rassemblements contre le régime, elle s’imprègne de l’air du temps : « Sa bibliothèque, riche en sciences sociales, propose de nombreux ouvrages interdits, notamment marxistes », détaille M. Vidal.

Il vous reste 55.87% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess