A Tripoli, dans le nord du Liban, le spectre du décrochage scolaire

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Publié aujourd’hui à 02h48, mis à jour à 05h25

LETTRE DE TRIPOLI

« Pour suivre sa terminale, ma fille a besoin d’une aide financière. Je me suis mariée jeune, je n’ai pas étudié, je ne veux pas qu’elle suive la même trajectoire, je veux qu’elle atteigne son but, l’université », explique Manal Dib, dans la cour de l’association caritative Sanabel Nour à Tripoli, dans le nord du Liban. Une file est dédiée à l’éducation, une autre aux soins, une encore aux colis alimentaires : autant de besoins à combler dans un pays en faillite. D’autres mamans des faubourgs populaires ont déposé des demandes de parrainage scolaire. Leurs craintes se ressemblent : voir leurs enfants quitter l’école et tourner le dos à un avenir meilleur.

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Ces élèves fréquentaient jusqu’ici l’enseignement public, minoritaire au Liban. C’est le parent pauvre du système éducatif. La scolarité y est gratuite jusqu’au secondaire, où les frais sont minimes. Mais les coûts liés au transport, dont le prix a explosé, ou aux fournitures sont devenus insurmontables pour de nombreux foyers. Tripoli est un miroir des inégalités sociales : berceau d’immenses fortunes, la ville côtière se débat depuis longtemps avec une pauvreté qui progresse avec l’explosion du chômage et l’hyperinflation. « Des familles sont contraintes à de douloureux arbitrages : “Vais-je nourrir mon enfant ou l’envoyer à l’école ?” L’éducation devient un luxe », déplore Reda Sayadi Dassouki, la directrice de Sanabel Nour.

Une femme dépose une demande d’éducation pour l’un de ses enfants dans les bureaux de l’association Sanabel Nour, à Tripoli, dans le nord du Liban, le 22 octobre 2021.
Un enfant fait du vélo à Jabal Mohsen, un quartier de Tripoli, dans le nord du Liban, le 22 octobre 2021.

Des élèves n’ont plus d’électricité à la maison pour réviser. Les générateurs privés sont désormais la principale source d’énergie, mais ils sont devenus hors de prix. De nombreux ménages n’y ont plus accès.

« Un problème ancien »

Face au désastre qui se profile, la municipalité de Tripoli a réuni en octobre responsables associatifs et directeurs du public pour tenter de limiter le risque de décrochage dans le secondaire. Mais l’administration locale n’a pas les moyens d’apporter un soutien financier. Un plan d’urgence du ministère de l’éducation, subventionné par des donateurs internationaux, doit alléger le fardeau logistique des écoles et, en théorie, financer manuels et fournitures. Cela suffira-t-il ?

« L’abandon scolaire est un problème ancien dans les quartiers pauvres de Tripoli », reconnaît Bassem Bakhache, membre du conseil municipal, chargé du comité éducation et culture. « On s’attend à ce que cela s’aggrave. Le risque qu’une génération quitte l’école, avec une somme de colère, d’humiliation et de haine vis-à-vis de l’Etat, est dangereux pour le futur de Tripoli », affirme-t-il dans la bibliothèque du palais Nawfal, un bâtiment qui appartient à la municipalité. Les lustres et les fresques du plafond racontent une autre époque. La peinture qui s’effrite, ici et là, témoigne du manque de fonds. M. Bakhache rêve de transformer la salle pleine de livres en lieu d’études ouvert à tous.

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via LeMonde

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