A Venise, bataille politique entre la « terre ferme » et la lagune

Le maire de Venise (Italie), Luigi Brugnaro, dans sa ville, le 7 septembre 2021.

Les villes du nord de l’Italie se structurent en général autour d’une grande place bordée de monuments, qui, pour tout un chacun, est le cœur mental de la cité. Le campo de Sienne, la piazza del Duomo de Milan ou la piazza Maggiore de Bologne remplissent parfaitement cet usage depuis des siècles. Autour d’elles s’organise la vie de ses habitants. A Venise, en revanche, deux places coexistent. Et les populations qui les fréquentent sont aussi différentes qu’il est possible.

Bordée de cafés historiques et de boutiques de luxe, la place Saint-Marc, au centre de la cité lagunaire, est traversée chaque année par des millions de touristes. C’est l’image par excellence de la ville, sa signature aux yeux du monde.

La piazza Ferretto, située de l’autre côté du ponte de la Liberta, sur la « terre ferme », est à la fois plus quelconque et beaucoup moins connue. Tout en longueur, aérée et plutôt agréable, elle ne prétend pas, bien sûr, se hisser au niveau du centre historique de la Sérénissime, mais elle possède un certain charme. C’est là que les habitants de Mestre, soit la grande majorité des Vénitiens, se retrouvent. A l’heure de l’aperitivo, sur les terrasses des cafés, on entend parler vénitien beaucoup plus fréquemment qu’à Saint-Marc, où les commerçants vous abordent plus volontiers en anglais qu’en italien.

Elu en 2015 à la mairie de Venise, l’entrepreneur Luigi Brugnaro a pour particularité d’être le premier édile vénitien à appartenir au peuple de la piazza Ferretto plutôt qu’à celui de Saint-Marc. Porté aux affaires par le discrédit des élites politiques traditionnelles, après l’éclatement du gigantesque scandale de corruption entourant le chantier du MOSE (le système de digues flottantes censé protéger la ville de l’« acqua alta »), cet entrepreneur à succès s’est fait fort d’apporter des solutions concrètes aux maux que ses prédécesseurs n’avaient pas su résoudre.

Vote sur l’avenir de la ville

Les problèmes de Venise, sa dépendance croissante au surtourisme et sa fragilité face au risque climatique sont connus de tous. Mais voilà, suivant l’endroit où l’on se trouve, la hiérarchie des priorités est radicalement différente, en particulier quand il s’agit de se relever d’une crise comme celle liée à la pandémie de Covid-19. Vu de Saint-Marc, l’important est de réguler le tourisme afin de sauvegarder l’image de la cité et de permettre que le quotidien des habitants reste vivable. Vu de la piazza Ferretto, la priorité est celle du redémarrage de l’activité économique pour éviter l’effondrement des secteurs de l’hôtellerie et du tourisme, qui procurent à la ville des milliers d’emplois.

Il vous reste 24.31% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess