A Vienne, invectives et nationalisme aux commémorations du 9-Mai


Marche du « régiment immortel » dans le centre de Vienne, à l’occasion des commémorations de la libération de l’Autriche par l’Armée rouge en 1945, le 9 mai 2022.

LETTRE DE VIENNE

« Vous voyez comment ils hurlent, ces porcs ukrainiens, ils ont été lobotomisés par l’Occident sataniste qui cherche à diviser la Russie depuis deux cents ans. » Voilà le type de discours que l’on pouvait entendre en plein cœur de Vienne, lundi 9 mai, à l’occasion des commémorations de la libération de l’Europe par l’Armée rouge en 1945. Victor, chimiste de 63 ans qui habite en Autriche depuis trente ans, dit pourtant être venu avec son fils participer simplement à la version locale du « régiment immortel », cette procession russe consistant à défiler en brandissant le portrait d’un ancêtre mort pendant la seconde guerre mondiale.

Réunis devant la cathédrale Saint-Etienne, ils étaient plusieurs centaines de Russes à brandir des drapeaux russes nationalistes ou soviétiques, pour soutenir sans hésitation « l’opération militaire » en Ukraine, même si le sujet a été évité à la tribune. Face à eux, plusieurs dizaines d’Ukrainiens ont tenté de perturber la commémoration, tandis que la majorité des passants ne pouvaient s’empêcher de regarder ce cortège avec effarement, voire avec une franche désapprobation. « Poutine enculé », hurlaient les uns, « putes ukrainiennes », répondaient les autres, sous la protection d’une police autrichienne qui s’est montrée très docile avec le service d’ordre russe. Dans un tract distribué aux passants, les Russes avertissaient qu’il était interdit « de siffler » ou même de « sauter », car « c’est une pratique des groupes néonazis en Ukraine ».

Dmitri Ljubinski, ambassadeur de Russie en Autriche, dépose une gerbe devant le Mémorial de l’Armée rouge, à Vienne, le 9 mai 2022.

Comme toutes les capitales d’Europe centrale libérées par l’Armée rouge en 1945, Vienne a certes dû composer lundi avec les traditionnelles commémorations russes du 9-Mai en pleine guerre d’Ukraine. Mais la position autrichienne était particulièrement difficile à tenir pour un pays qui ne peut pas donner l’impression de critiquer les libérateurs du nazisme, qui se veut toujours « militairement neutre » et qui a longtemps entretenu des liens de proximité avec Moscou. Pour empêcher les rassemblements nationalistes russes, les militants pro-ukrainiens avaient judicieusement déclaré vouloir occuper dimanche 8 et lundi 9 le gigantesque mémorial de l’Armée rouge installé en périphérie du centre-ville.

Bien que désinvité des différentes commémorations officielles de la seconde guerre mondiale, l’ambassadeur russe, accompagné de représentants d’une poignée de pays anciennement satellites de l’URSS (Biélorussie, Turkménistan, Tadjikistan, Arménie, …), est toutefois parvenu à y déposer une gerbe sous haute protection policière. Plusieurs dizaines de militants pro-ukrainiens ont été gardés à distance. « On avait réservé l’emplacement ; mais la police autrichienne nous a répondu qu’on ne pourrait pas l’utiliser le 9 mai au matin. Ils ont agi ainsi sous la pression de la Russie », dénonce Andry Karioti, un Ukrainien étudiant en sport établi depuis plusieurs années à Vienne et meneur du mouvement.

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via LeMonde

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