A Washington, les partisans du droit à l’avortement donnent rendez-vous aux élections de mi-mandat


Manifestation en faveur du droit à l’avortement, à Washington, le 14 mai 2022.

Après la sidération, la réaction. A Washington comme dans d’autres villes américaines, des milliers de personnes se sont rassemblées, samedi 14 mai, pour protester contre la décision probable de la Cour suprême en faveur d’une suppression de l’avortement comme droit fédéral pour toutes les femmes. La révélation dans la presse, il y a deux semaines, d’un document de travail en ce sens, validé par cinq juges conservateurs – sur les neuf qui composent la Cour – a suscité un mélange de désespoir, de colère et de sentiment d’urgence dans les rangs démocrates et le camp dit « pro-choix ».

Au cœur de la capitale, le point de ralliement était l’obélisque du Washington Monument. A la tribune se sont succédé de nombreuses militantes des droits des femmes et des minorités, des représentantes des personnels de santé. Rachel O’Leary Carmona, directrice exécutive de l’organisation Women’s March, a qualifié le rassemblement de « premier jour d’un été de colère où nous serons ingouvernables ». La militante a évoqué avec amertume ces années où les femmes mettaient en garde au sujet de la dégradation des droits reproductifs. « Qu’avons-nous entendu en réponse ? Qu’on était trop théâtrales, trop émotionnelles, qu’on surréagissait ! »

Si, d’ici à début juillet, la Cour suprême confirme la fin de l’ère Roe v. Wade – son arrêt de 1973 faisant de l’avortement un droit constitutionnel – elle offrira ainsi la possibilité à chaque Etat de décider à sa guise l’interdiction complète ou la restriction drastique de l’IVG. Les Etats les plus réactionnaires pourraient même supprimer toute exception pour inceste et viol. La criminalisation de la procédure pourrait avoir des conséquences lourdes en matière de droit à la vie privée, d’intimité des correspondances, mais aussi de contraception ou de fécondation in vitro. Des batailles juridiques féroces s’annoncent.

« Une manipulation grossière »

Rachel Carmona a rejeté l’idée d’un « retour en arrière » et appelé la foule à la mobilisation générale. Certaines manifestantes brandissaient des dessins de cintres métalliques, symbole du temps obscur des avortements clandestins. « Ce n’est pas parce qu’on a eu une épidémie qu’il faut revenir au Moyen Age », pouvait-on lire sur une pancarte. Pour sa part, Christa Vonderburg, 28 ans, portait un message sur ses joues : « Mon corps, mon choix. » Avec une amie, la jeune femme a voyagé jusqu’à Washington en provenance d’Atlanta (Géorgie). Mais elle est originaire de Seattle, à l’autre bout du pays. « J’ai grandi dans un foyer religieux sans comprendre ces questions de liberté, et en tenant pour acquis que j’étais une privilégiée. Ce retour actuel au début des années 1970 est ridicule. Il ne s’agit pas de Dieu, du Parti républicain mais d’une manipulation grossière. Mon corps n’est pas une plate-forme pour un programme politique, ma santé est une affaire entre mon médecin et moi. »

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via LeMonde

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