Afghanistan : « Il est essentiel de mettre en place un protocole d’évacuation juste, digne, adapté et sans danger pour les familles qui y ont droit »

Tribune. Voici un exemple, parmi tant d’autres, de message que nous avons reçu la semaine dernière : « Quelqu’un avec la nationalité française peut-il me faire entrer dans l’aéroport ? Si je n’entre pas, mes enfants vont mourir (…). J’ai besoin que quelqu’un vienne et me fasse entrer, sinon ma famille et moi, nous allons mourir ! »

Alors que les derniers Américains quittaient l’Afghanistan, il y a un peu plus de 24 heures, mettant ainsi un terme à l’évacuation des puissances occidentales, la réalité, elle, est tout autre. De nombreux alliés afghans, menacés par les talibans du fait de leurs liens avec les intérêts français et occidentaux, n’ont pas pu être évacués et restent en danger.

Nous disons que la France doit rester fidèle à ses valeurs et poursuivre les évacuations après le 31 août, de manière organisée et dans le respect de la dignité humaine.

Un profond manque de lisibilité

Nous représentons un collectif informel d’une vingtaine de Français et d’internationaux ayant vécu à Kaboul, brusquement constitué, afin de répondre aux appels à l’aide de nos collègues et amis afghans qui se heurtaient à l’impréparation des gouvernements étrangers, gouvernements qu’ils ont pourtant soutenus des années durant. Face au dysfonctionnement des réponses de la communauté internationale, les Afghanes et Afghans pris dans la crise se sont tournés vers leurs amis, collègues et contacts étrangers.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Chaque pays a sa liste, chacun a “ses” Afghans. Mais que deviennent “les” Afghans ? »

Notre action s’est concentrée sur le soutien administratif (demandes de visa, constitution de liste, plaidoyer, transmission d’informations) et opérationnel (organisation de convoi, mise en contact avec les autorités dans l’aéroport). Au contact direct de nos partenaires afghans, voici ce que la réalité du chaos nous a montré.

Dès les premiers jours, nous avons constaté un profond manque de lisibilité dans les critères de constitution des listes d’évacuation et leur évolution à travers le temps. Certaines personnes, après avoir été invitées à se rendre à l’aéroport au péril de leur vie, ont finalement été renvoyées chez elles, la liste ayant été « retravaillée ». Dans cet état d’incertitude, ce sont les Afghans les mieux connectés qui ont pu obtenir leur laissez-passer. Là où un processus clair et transparent aurait pu traiter nos alliés afghans sur un pied d’égalité, c’est une véritable course au réseautage qui s’est produite.

Course à l’évacuation chaotique

L’évacuation est devenue un révélateur des inégalités de la société afghane, qu’elle a directement aggravées. Elle contribue, nous le voyons déjà, à accentuer les tensions au sein des familles. Pour ceux laissés derrière, c’est l’incompréhension, parfois même, les représailles. Un autre contact nous dit : « Les talibans sont venus chez moi à deux reprises (…), ils ont dit qu’il y aurait des représailles si mes proches ne disaient pas où j’étais. A la deuxième visite, un membre de ma famille s’est fait tabasser. »

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via LeMonde

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