Afghanistan : talibans, Al-Qaida et Etat islamique, quelles différences ?

Les talibans durant un rassemblement à Kaboul pour célébrer le départ des troupes de l’armée américaine, le 31 août 2021.

Désormais aux commandes en Afghanistan, les talibans célébraient par des coups de feu tirés dans le ciel le départ des troupes de l’armée américaine, lundi 30 août. Vingt ans après leur éviction du pouvoir, les fondamentalistes se retrouvent à la tête du pays. Souvent assimilés à l’Etat islamique (EI) et à Al-Qaida, partageant une interprétation extrémiste de l’islam, une fracture idéologique sépare toutefois les trois groupes terroristes.

Le mouvement des « étudiants en religion », définition étymologique de « talibans », a vu le jour en 1994. Ce nom tient son origine de la majorité des talibans issue de madrasas, des écoles religieuses, provenant essentiellement des zones tribales pakistanaises. Ces écoles accueillent de nombreux Afghans exilés, ayant fui durant la guerre des moudjahidines contre l’armée soviétique dans les années 1980. Après le départ définitif de l’Armée rouge en 1989, les talibans reviennent en Afghanistan, s’autonomisent et s’opposent aux chefs moudjahidine, à l’époque au pouvoir et plongés en pleine guerre civile. En 1996, deux ans après la création du mouvement, ils accèdent à la tête du pays en instaurant l’Emirat islamique d’Afghanistan.

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D’étroits liens avec Al-Qaida

Durant cette période, de 1996 à 2001, Oussama Ben Laden voit son organisation, Al-Qaida (« la base », en arabe) prospérer en Afghanistan. Fondé en 1987 dans les montagnes pakistano-afghanes, le réseau djihadiste se revendique comme étant anti-Occident, postulant que les Etats occidentaux, menés par les Etats-Unis, entravent le développement des pays islamiques en intervenant uniquement pour servir leurs propres intérêts. Cette théorie motivera les attentats contre les tours du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001, orchestrés par l’organisation.

Après son intervention en Afghanistan en octobre 2001, l’armée américaine démantèle les camps d’entraînement d’Al-Qaida, traque ses membres et contraint un grand nombre à quitter le pays.

Les deux organisations présentent d’étroits liens, mais demeurent différentes dans leurs ambitions. Si la conception talibane d’un Etat est liée à la charia, législation islamique à laquelle est également attachée Al-Qaida, les talibans inscrivent leur combat dans un cadre national. Ainsi, leur intérêt se porte uniquement sur l’Afghanistan et ils n’ont pas d’ambition internationale, contrairement à Al-Qaida qui cherche à s’étendre.

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Al-Qaida, qui avait renouvelé son allégeance aux talibans en 2016, a félicité les talibans pour leur victoire, ce qui n’est pas le cas de l’Etat islamique. Lors de l’accord de paix établi en février 2020 signé avec les Etats-Unis, les talibans se sont engagés à ce qu’il n’y ait pas d’attaques conduites depuis l’Afghanistan, une allusion aux mouvances djihadistes.

L’organisation Etat islamique, descendant d’Al-Qaida

Avant de perdre l’essentiel de ses territoires, le califat de l’Etat islamique avait été proclamé en 2014 à Mossoul, en Irak. Foncièrement anti-Occident, comme l’organisation terroriste créée par Oussama Ben Laden, l’organisation s’est développée en profitant de l’affaiblissement des Etats irakien et syrien.

Présentant le même objectif de conquête, le groupe est une scission d’Al-Qaida en Irak. L’EI a cependant une stratégie différente de son aînée pour étendre son influence. Al-Qaida adopte un profil moins violent que par le passé dans les régions où elle s’implante pour ne pas s’aliéner les populations et s’allie avec les factions locales quand l’EI se distingue par sa brutalité, son extrême violence et sa volonté d’éradiquer adversaires et concurrents. Les deux organisations sont devenues rivales, allant même jusqu’à se disputer des territoires stratégiques dans des séries d’affrontements.

L’EI-K, la branche de l’Etat islamique en Afghanistan

Certains membres du Tehreek-e-Taliban Pakistan frontalier (TTP, les talibans pakistanais) ont fait allégeance au chef du nouveau groupe djihadiste, Abou Bakr al-Baghdadi. Des Afghans, déçus par les talibans et leur politique, jugée trop modérée et marquée de négociations avec les Etats-Unis, ont ensuite rapidement rejoint l’EI, qui a officiellement reconnu, début 2015, la création de la province du Khorassan, marquant la naissance de l’EI-K. Cette branche de l’Etat islamique en Afghanistan a revendiqué le double attentat suicide survenu à l’aéroport de Kaboul le 26 août, ayant fait au moins 85 victimes.

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L’organisation de l’Etat Islamique se montre hostile aux talibans, ne partageant pas les mêmes ambitions territoriales que les nouveaux maîtres du pays. Ces derniers sont mêmes qualifiés d’apostats dans plusieurs communiqués de l’organisation terroriste, dénonçant les multiples négociations avec l’Occident et ses contacts avec les Etats pakistanais et iranien. L’EI-K a également dû faire face à une répression des talibans sur leurs dissidents, ce qui a empêché la branche du califat de s’étendre davantage en Afghanistan, comme elle avait pu le faire en Irak ou en Syrie.

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Le Monde

via LeMonde

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