Agriculture : « Les sols occupent une place centrale bien qu’invisible dans tous nos systèmes de production et de consommation »

La Commission de Bruxelles a récemment invité la France à rehausser ses ambitions environnementales sur le front de l’agriculture, estimant notamment que sa déclinaison de la politique agricole commune (PAC) ne permettait d’« accompagner que partiellement la transition écologique des secteurs agricole et forestier ».

Et la deuxième édition du « Global Land Outlook », publié par la convention de l’ONU, vient appuyer ce constat : sur la planète, 40 % des terres sont désormais dégradées et l’agriculture moderne en est la principale cause.

Avec la guerre aux portes de l’Europe, ou plutôt avec son prétexte, les quelques mesures allant dans le sens d’une certaine régénération des sols sont remises en question par la France. L’excuse : il faut produire plus. Le projet de relancer l’agriculture productiviste en Europe se concrétise. Le volet agricole du Green Deal a même déjà été repoussé par la Commission européenne – et ce, malgré la critique faite à la France, illustrant la difficulté de l’institution à se positionner sur le sujet. Mais cette reculade est, comme les scientifiques le rappellent, une véritable erreur : il y a plus qu’assez de nourriture pour alimenter le monde.

A défaut d’adopter une attitude alarmiste, il aurait été préférable d’embrasser le « Pacte vert » pour accélérer notre conversion vers une agriculture plus durable en réduisant notamment l’utilisation d’engrais azotés, dont la production est directement liée au gaz naturel, ce qui nous aurait permis, par la même occasion, de réduire notre dépendance énergétique aux pays auprès desquels nous nous fournissons.

Plus que l’atmosphère et la végétation

On voit à quel point le sujet est sensible et la réponse politique inadaptée. Production alimentaire, mais aussi de bois, fibres, ressources hydriques : les sols occupent une place centrale bien qu’invisible dans tous nos systèmes de production et de consommation. Et aujourd’hui on sait aussi qu’ils abritent un quart de la biodiversité et constituent le plus grand réservoir de carbone terrestre de la planète : c’est plus que l’atmosphère et la végétation réunies.

La menace de pénurie alimentaire et d’inflation sur les denrées sensibles est une réalité, et continuer d’abîmer nos sols en produisant toujours plus ne résoudra en rien le problème. Une autre voie est possible : changer nos modes de consommation – une alimentation moins carnée occupe moins d’espace à calorie alimentaire égale ; lutter contre le gaspillage alimentaire – selon l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), un tiers de la nourriture n’est pas consommée, du fait des gaspillages tout au long de la chaîne de production, dont 14 % avant même d’atteindre les étals.

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via LeMonde

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