Aide à la Syrie : « Il manque une réflexion sur l’efficacité des sommes dépensées »


Lors de la sixième conférence des donateurs pour la Syrie, le 10 mai 2022 à Bruxelles. A droite, le haut représentant européen aux affaires étrangères, Josep Borrell (cravate bordeaux).

Sous l’effet de la lassitude et de la concomitance avec la guerre en Ukraine, les promesses de dons risquent d’être encore en baisse lors de la 6e conférence des donateurs pour la Syrie, qui se tient mardi 10 mai à Bruxelles. L’aide humanitaire demeure pourtant essentielle pour la population syrienne, aussi bien celle qui vit en Syrie que celle qui est réfugiée dans les pays voisins (Turquie, Liban et Jordanie). Onze ans après le début de la crise, l’expert franco-syrien Samir Aïta, président du Cercle des économistes arabes, appelle les bailleurs de fonds à se remobiliser et à investir davantage dans des actions durables.

Onze après le début du conflit syrien, où en est l’intégration des réfugiés dans les pays voisins ?

L’intégration est meilleure, comparée avec le début de l’arrivée des réfugiés, mais elle reste faible. De plus, les réfugiés pâtissent de l’effondrement financier du Liban, où 90 % d’entre eux vivent sous le seuil de l’extrême pauvreté, et de la crise économique en Turquie et en Jordanie. En Turquie, la possibilité d’intégration a été plus forte pour les Syriens des classes moyennes, et certains ont été naturalisés. Mais sur les 3,5 millions de réfugiés dans ce pays, une partie vit encore dans des camps. Et, depuis environ un an, la pression étatique s’est accentuée sur les Syriens qui travaillent dans le secteur informel. En Jordanie, les images de Zaatari, cet immense camp [dans le désert], sont choquantes. Mais d’autres réfugiés syriens se sont insérés dans le tissu social local, dans le Nord par exemple, où les familles sont apparentées à celles de Deraa [sud de la Syrie]. Cela vaut aussi pour le Liban : tous les réfugiés ne vivent pas dans des camps informels [Beyrouth a refusé la création de camps officiels].

Malgré les fonds injectés depuis dix ans, l’éducation des jeunes Syriens au Liban est un échec : près de 60 % des 660 000 enfants en âge d’aller à l’école n’étaient pas scolarisés ces dernières années. Pourquoi ce raté ? Manque de suivi des bailleurs ? Errements du pays d’accueil ?

De façon générale, la gestion par l’aide internationale de l’éducation – comme de la santé – sur la crise syrienne est un échec dans la région, par manque de centralisation et de recherche de compromis. Au Liban, la déscolarisation s’est aggravée avec la crise.

Mais même avant, y a-t-il eu une réelle analyse de la capacité d’absorption de l’éducation publique ?

Les Syriens sont sans doute plus nombreux que les Libanais dans la tranche des moins de quinze ans, et une grande partie n’est pas allée à l’école. C’est une bombe à retardement. Dans le nord-ouest de la Syrie, des habitants des camps sont dans une pauvreté telle qu’ils font sortir leurs enfants de l’école pour travailler. Les relations entre la population des camps et celle des localités où se trouvent la plupart des écoles sont limitées.

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via LeMonde

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