Américains et Russes lancent des pourparlers tendus consacrés à la sécurité en Europe

La vice-secrétaire d’Etat américaine Wendy Sherman et le vice-ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Riabkov, le 10 janvier 2022, à Genève.

C’est un premier round. Washington et Moscou ont entamé, lundi 10 janvier, des pourparlers tendus à l’issue très incertaine, abordant aussi bien le risque d’une invasion russe de l’Ukraine que l’architecture sécuritaire européenne que la Russie veut redessiner en faisant reculer l’OTAN.

La réunion a débuté un peu avant 9 heures à la représentation diplomatique américaine de Genève, en Suisse, en présence des vice-ministres des affaires étrangères des deux pays, Wendy Sherman et Sergueï Riabkov, alors que les relations entre Washington et Moscou n’ont jamais été aussi tendues depuis la guerre froide.

Evoquant huit heures d’échanges « francs et directs » avec son homologue russe, Wendy Sherman a assuré que la délégation américaine avait rejeté sans l’ombre d’une ambiguïté les propositions russes visant à empêcher l’adhésion de nouveaux pays à l’OTAN.

Elle s’est dite prête à discuter rapidement et plus en profondeur des questions bilatérales, mais à condition que Moscou entre dans une logique de désescalade, proposant de continuer ces pourparlers prochainement pour entrer dans le détail, notamment sur le déploiement de missiles. « La Russie peut en apporter la preuve en renvoyant ses troupes dans leurs casernes », a-t-elle dit pendant une conférence de presse.

Wendy Sherman a aussi expliqué avoir redit à son homologue que toute invasion de l’Ukraine entraînerait des « coûts significatifs », « énormes », qu’infligeraient les Occidentaux à la Russie. Elle a aussi assuré que Washington n’avait pas l’intention de négocier sur le dossier ukrainien sans associer Kiev, ni aborder en détail l’architecture de la sécurité en Europe sans les Européens. Mais, dans l’immédiat, la Russie n’a pas apporté de « réponse » à la demande américaine de « désescalade », a-t-elle déploré.

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Aucune intention d’« attaquer l’Ukraine »

Sergueï Riabkov a affirmé, de son côté, que la Russie ne « menace personne », ne « lance pas d’ultimatum », assurant qu’il est dans l’intérêt de l’Alliance atlantique de « faire un geste » pour répondre aux préoccupations de Moscou. « Si cela ne se produit pas, ce serait une erreur de la part de l’OTAN et cela porterait atteinte à sa propre sécurité », a-t-il mis en garde.

Jugeant néanmoins « possible » un accord avec les Etats-Unis, malgré des positions « aux antipodes sur ce qu’il faut faire », il a souligné que cela nécessiterait des compromis et un respect par les deux pays de leurs intérêts mutuels.

Il a salué le sérieux avec lequel la partie américaine avait pris les demandes de la Russie pour sa sécurité, en premier lieu, les garanties juridiques de ne plus jamais élargir l’OTAN, avant tout aux ex-pays soviétiques pro-occidentaux, Ukraine et Géorgie en tête.

Selon lui, « la situation n’est pas désespérée » donc, alors que, depuis des semaines, les tensions russo-occidentales n’ont cessé de s’aggraver, en particulier du fait du déploiement de dizaines de milliers de militaires russes aux frontières de l’Ukraine.

Mais, a-t-il jugé, « il ne faut pas sous-estimer les risques liés à une aggravation de l’évolution de la confrontation ». « Il faut une percée, il faut qu’un vrai geste en direction de la Russie soit fait et ça doit venir de l’OTAN », a-t-il martelé, assurant que, « jamais au grand jamais », l’Ukraine ne doit rejoindre l’Alliance atlantique. La Russie a prévenu qu’elle ne ferait aucune « concession » à ce sujet. Pour lui, les concessions à la Russie doivent être faites « rapidement », M. Riabkov martelant que le processus de négociations ne doit pas prendre « des mois et des années ».

Alors que les diplomates échangeaient à Genève, deux soldats ukrainiens ont été tués lundi après avoir sauté sur un engin explosif dans l’est de l’Ukraine, a annoncé l’armée. Il s’agit des premiers militaires tués cette année sur la ligne de front avec les séparatistes prorusses. L’Ukraine est en guerre depuis 2014 contre des séparatistes prorusses qui contrôlent des pans entiers de son territoire dans l’Est et dont Moscou est largement considéré comme le parrain militaire malgré ses dénégations. Les relations entre l’Ukraine et la Russie, déjà très dégradées depuis 2014, connaissent actuellement un pic de tensions.

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Le Monde avec AFP et Reuters

via LeMonde

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