Anatomie de la terreur à Damas

Les crimes de guerre, voire les crimes contre l’humanité perpétrés par la Russie durant son invasion de l’Ukraine ont relancé les enquêtes sur les violations systématiques des droits de l’homme par le régime Assad. La question centrale de l’impunité des bourreaux est de nouveau posée, avec l’enjeu prioritaire de la documentation de tels crimes, dans la perspective de poursuites juridiques à l’encontre des exécutants comme des donneurs d’ordre. Le parallèle s’impose, de la Syrie à l’Ukraine, entre les techniques employées par Moscou et ses alliés pour terroriser les populations livrées à leur arbitraire. C’est dans ce contexte que deux chercheurs de l’université d’Amsterdam viennent de révéler l’ampleur et la méthode des exactions perpétrées par le régime Assad dans un faubourg de Damas.

Deux années d’enquête

Le professeur néerlandais Ugur Ümit Üngör et la chercheuse syrienne Annsar Shahoud, tous deux rattachés au centre d’études sur le génocide et l’holocauste de l’université d’Amsterdam, ont récupéré en juin 2019 une vidéo d’une insoutenable violence. Livrée par un dissident syrien à un opposant réfugié en Europe, elle montre l’exécution de quarante et une personnes, abattues l’une après l’autre, les yeux bandés, par un officier syrien en uniforme, puis jetées dans une fosse commune pour y être ensuite brûlées. C’est pour les deux chercheurs le début d’une très longue enquête, car seule la date d’avril 2013 est incontestable. Un patient travail de reconstitution des données et de géolocalisation comparée permet de finalement situer le massacre dans le quartier de Tadamone (« solidarité »), au sud de Damas. Ce faubourg, où des protestations pacifiques avaient été réprimées dès 2011, était alors aux mains des militaires d’Assad et de leurs supplétifs des Forces de défense nationale (FDN).

Annsar Shahoud s’invente une identité factice sur les réseaux sociaux, où elle se présente comme une exilée syrienne pro-Assad, désireuse d’encourager les partisans et les combattants du régime. Elle noue ainsi des centaines de contacts, parvenant à identifier le principal assassin de la vidéo de 2013, puis à gagner sa confiance. Amjad Youssef est un officier des renseignements militaires, dont le père avait déjà suivi la même carrière, dans une allégeance familiale et inconditionnelle au clan Assad. A partir du soulèvement populaire de 2011, il assume le commandement pour la « sécurité » de la zone de Tadamone, semant en fait l’insécurité au sein d’une population jugée collectivement suspecte. Il est en effet le tout-puissant responsable local de la « branche 227 » des renseignements militaires, chargée de la capitale et de ses faubourgs, « branche » réputée pour le sadisme de sa violence. Youssef se vante d’être le bourreau de la vidéo, tournée « en hommage » à son frère, mort sous l’uniforme d’Assad, et d’avoir assassiné lui-même ces dizaines de civils en représailles.

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via LeMonde

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