Angela Merkel et le pari de l’ouverture aux réfugiés

Par Thomas Wieder

Publié aujourd’hui à 01h51

Vendredi 4 septembre 2015. Au Flora, le jardin botanique de Cologne, la fédération CDU de Rhénanie-du-Nord-Westphalie fête son 70e anniversaire. Angela Merkel serre des mains, fait des selfies puis monte sur une petite estrade où a été placé un micro. Là, elle commence par quelques mots de circonstance, évoque les élections municipales à venir, apporte son soutien à la candidate locale, plaisante sur les fautes qui ont été faites sur les bulletins de vote imprimés, puis elle aborde le sujet qui domine l’actualité : la crise des migrants. « Tout individu qui fuit son pays parce qu’il est persécuté ou qu’il est en danger a le droit de demander l’asile, et c’est notre devoir d’y répondre, article 1 de notre Loi fondamentale, que ça nous plaise ou non, dit-elle, avant de s’émouvoir de l’attitude du gouvernement hongrois. Il est pénible de voir que ceux qui nous ont ouvert leurs frontières, il y a vingt-cinq ans, traitent aujourd’hui aussi durement des gens qui ont fui leur pays et ont besoin d’aide. »

Son discours achevé, Angela Merkel ne s’attarde pas. Avant cela, la journée a été longue (une réunion à la chancellerie le matin, des rendez-vous en Bavière, un petit meeting à Essen) et elle a hâte de rejoindre son appartement berlinois, où, avec un peu de chance, elle arrivera à temps pour la fin du match Allemagne-Pologne, qui compte pour les qualifications à l’Euro 2016.

Un appel du premier ministre autrichien, Werner Faymann, va vite lui faire oublier cette idée. Celui-ci a déjà essayé de la joindre une heure plus tôt sur son portable personnel. Mais c’était pendant son discours, et elle n’a pas entendu. Maintenant, dans la voiture qui la conduit à l’aéroport de Cologne, elle peut lui parler. Au bout du fil, son homologue lui explique que des cohortes de réfugiés arrivent de Hongrie et marchent désormais sur l’autoroute, côté autrichien. La situation est potentiellement explosive.

Pour Werner Faymann, deux options sont possibles : demander au premier ministre hongrois, Viktor Orban, d’intervenir pour faire cesser le flux, mais au risque de provoquer des violences, ou bien laisser les réfugiés continuer à marcher vers l’ouest. Mais dans ce cas, il veut pouvoir compter sur l’Allemagne, autrement dit que celle-ci accepte d’en accueillir une partie.

Une formule pour l’histoire

Au téléphone, Angela Merkel est d’accord avec lui pour écarter la première option. Est-elle prête, pour autant, à assumer la seconde ? Avant de répondre, elle veut réfléchir un peu, consulter, être certaine qu’elle sera soutenue si elle prend une telle décision. Ce qu’elle a dit, cinq jours plus tôt, lors de sa conférence de presse annuelle, laisse en tout cas entendre qu’elle y est favorable : « L’Allemagne est un pays fort. L’idée que nous devons avoir en tête est la suivante : nous sommes arrivés à faire tant de choses, nous y arriverons. Oui, nous y arriverons, comme chaque fois qu’un obstacle se dresse sur notre chemin, et que nous devons le surmonter ! »

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via LeMonde

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