Anna Cavazzini, Raphaël Glucksmann et Yannick Jadot : « Il est temps de bannir du marché européen les produits issus de l’esclavage, notamment des Ouïgours »

Un crime contre l’humanité pénètre depuis cinq ans nos armoires et nos magasins : l’asservissement des Ouïgours par le régime du Parti communiste chinois. Il y a quelques jours encore, le hacking des ordinateurs de la police du Xinjiang a permis de saisir la nature systématique et l’ampleur de la répression qui s’abat sur ce peuple martyr.

Le huis clos imposé par Pékin est brisé et nous connaissons désormais les noms et les visages des victimes, les ordres et les pratiques des bourreaux. Et nous savons que des centaines de milliers d’êtres humains sont condamnés au travail forcé pour produire des biens qui sont ensuite exportés en Europe. Nous avons la liste des fournisseurs chinois, partie prenante de la réduction en esclavage d’un peuple, et des multinationales européennes qui en bénéficient. Ces faits sont documentés, établis, prouvés. Il est temps pour nous d’agir et de bannir ces produits de l’esclavage du marché européen.

Nous touchons enfin au but

Contrairement à ce qu’on entend souvent, nous ne sommes pas condamnés à l’impuissance face à la Chine. L’Union européenne (UE) a un rôle crucial à jouer pour mettre fin à ce système d’exploitation abject. Il y a un peu moins d’un an, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis au Parlement européen d’interdire l’importation en Europe des produits issus du travail forcé. Le moment est venu d’honorer cette promesse. Le marché intérieur européen étant le deuxième marché au monde pour les exportations chinoises, un import ban européen aurait un impact considérable en Chine. Et, au-delà de la Chine, partout où sévit la peste de l’esclavage. Voilà le combat que nous menons au Parlement européen depuis de longs mois. Aujourd’hui, nous touchons enfin au but.

On estime qu’environ 25 millions de personnes dans le monde sont soumises au travail forcé. Près de la moitié d’entre elles se trouvent en Asie et dans le Pacifique. Il s’agit de la forme la plus extrême d’exploitation des personnes et elle touche souvent les groupes les plus vulnérables et marginalisés. Ainsi, les femmes et les filles sont plus exposées, et les enfants représentent un quart des personnes soumises au travail forcé. Les produits du crime se retrouvent ensuite sur le marché européen, nous rendant, consommateurs européens, involontairement complices de cette exploitation. Notre rôle est de rendre impossible l’entrée de ces produits sur le marché européen.

Conjuguée à la future loi européenne sur le devoir de vigilance des entreprises [visant à réguler les pratiques des multinationales sur le plan environnemental et social], une telle mesure commerciale garantira qu’aucun produit vendu dans l’UE n’est entaché de graves violations des droits humains. Elle nous permettra de stopper net, à nos frontières, les marchandises dont les autorités publiques soupçonnent qu’elles ont été fabriquées ou transportées à l’aide de travail forcé. Il incombera alors à l’importateur de prouver que ce n’est pas le cas pour que ses biens soient autorisés à entrer dans notre marché commun.

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via LeMonde

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