Anne Hidalgo appelle à soutenir la résistance en Afghanistan : « L’esprit de Massoud ne doit pas disparaître »

La maire de Paris, Anne Hidalgo, lors de l’inauguration d’une plaque commémorative en l’honneur du commandant Massoud, à proximité des Champs-Elysées, à Paris, le 27 mars 2021.

Tribune. Comme souvent avec l’Afghanistan, c’est Bernard-Henri Lévy qui m’a alertée. Il venait de recevoir un message d’Ahmad Massoud, le fils du commandant Massoud. Même regard clair et profond, même douceur dans la voix, même flamme de résistant. Je l’ai reçu début avril, vingt ans jour pour jour après que son père a fait son seul et unique voyage à l’étranger.

Il était venu alors à Paris pour conjurer la France et l’Europe d’agir, affirmant dans l’indifférence générale que nous étions concernés au premier chef par ce qui se passait alors : le mollah Omar marchant main dans la main avec Oussama Ben Laden, qui n’était encore qu’un nom sur une liste de criminels que les Etats-Unis recherchaient. Cinq mois plus tard, le commandant Massoud mourait assassiné par des terroristes à la solde d’Al-Qaida et les attentats du 11-Septembre frappaient le monde de manière irréversible. Le XXIe siècle venait de commencer.

Fin mars 2021, Ahmad Massoud est revenu sur les traces de son père. Chez Bernard-Henri Lévy, puis à l’Hôtel de ville nous avons longuement échangé sur l’Afghanistan et la tragédie qu’il pressentait déjà d’un retour rapide des talibans au pouvoir. Nous avons profité de sa venue pour baptiser une allée des Champs-Élysées au nom de son père. Quelques semaines plus tard, un décret présidentiel afghan m’élevait dans l’ordre du Héros national d’Afghanistan Commandant Massoud. J’étais à la fois émue et honorée. Cette rencontre et cette médaille matérialisent le lien profond qui me lie à l’Afghanistan. C’est la raison pour laquelle j’écris aujourd’hui.

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Les talibans, comme les loups de la chanson, sont donc entrés dans Kaboul. Après Kunduz, après Hérat, après Jalalabad, après Kandahar, où il y a quelques années à peine les forces françaises avaient installé leur principale base et d’où décollaient quotidiennement Rafale et Mirage 2000, les voilà désormais à Kaboul.

Ne pas tomber dans le cynisme

Dans la torpeur de l’été, entre vacances et passe sanitaire, la chronique de cette reconquête rythme nos lectures quotidiennes de la presse ; les noms des principales villes afghanes reviennent à notre mémoire. La dernière fois que nous les avions lus c’était il y a presque vingt ans, pour y suivre la libération de ces mêmes villes du joug des talibans.

On pourrait être tenté par le cynisme qui consisterait à se dire qu’après tout nous sommes intervenus en Afghanistan pendant vingt ans, y avons perdu des soldats, nous avons accompagné le retour de chacun de ces enfants morts pour la France dans la cour des Invalides, nous avons financé nombre de projets pour assurer le développement de ce pays et pour raffermir l’esprit démocratique, et qu’en dépit de tous ces sacrifices, de toutes ces actions, de toutes ces politiques, nous avons échoué. Nous pourrions nous dire qu’il nous faut désormais apprendre de nos défaites et en payer le prix, avec indifférence pour ceux qui, là-bas, risquent leur vie face à des talibans animés par la vengeance.

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via LeMonde

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