Antoine Basbous : « La guerre secrète entre l’Iran et Israël peut déboucher sur un conflit ouvert, entraînant leurs blocs respectifs »

Abonné aux crises qui dégénèrent parfois en guerre, le Moyen-Orient vit un nouvel épisode de grande tension. Deux blocs s’affrontent par divers biais. Le premier est mené par l’Iran messianique, qui a réussi à embrigader plusieurs pays, au travers des milices qu’il a armées dans une zone que le roi de Jordanie avait appelée, en 2004, le « croissant chiite ». Ainsi, Téhéran exploite l’archipel des communautés chiites en détricotant les institutions des Etats. Trois thèmes sont déployés pour mobiliser ses partisans : la lutte contre l’impérialisme américain, l’antisionisme et le soutien à la cause palestinienne. L’Iran tient ses « colonies » d’une main de fer et ne tolère aucune contestation. Et quand les urnes désavouent les groupes qu’il contrôle, la riposte passe par le blocage des institutions et l’omnipotence des milices. L’Irak en fait actuellement les frais, tout comme le Liban l’avait expérimenté bien avant lui. La résistance à Israël a bon dos : elle masque une politique hégémonique décomplexée.

Face à l’alliance des milices menée par Téhéran, un autre axe s’est formé entre Etats. A la « paix froide » et timide, lancée par les accords israélo-égyptiens de Camp David (1978), ont succédé, avec une grande vigueur, les accords d’Abraham, signés en 2020 entre Israël et deux Etats arabes : les Emirats arabes unis et le Bahreïn, rejoints par le Soudan et le Maroc. Toutes ces percées ont été parrainées par Washington. Hétérogène en apparence, ce deuxième axe semble pourtant solide.

Le conflit de mai 2021 entre Israël et le Hamas à Gaza a prouvé que les partenaires de l’alliance n’ont pas fléchi. De plus, cet axe se structure militairement : sur son flanc est, il déploie des radars israéliens dans le Golfe pour intercepter d’éventuels projectiles iraniens. Du gagnant-gagnant pour tous les pays menacés par l’Iran. A Washington, le Congrès plaide pour l’intégration régionale des systèmes de défense antimissiles. Subsiste toutefois une fragilité originelle : des régimes arabes sont susceptibles de subir des contestations amalgamant crises socioéconomiques et relations avec l’Etat hébreu.

Les Emirats arabes unis, locomotive

Le nouvel axe a pour locomotive les Emirats arabes unis qui l’assument au grand jour et recrutent de nouveaux entrants, tel le Soudan qui a peu d’intérêts directs avec Israël. Le volontarisme émirien ne doit pas cacher le fait qu’Israël se distingue comme le « senior partner » de l’alliance, car ce dernier domine les trois causes qui la structurent : s’entraider à Washington pour plaider la cause de chacun – sans conteste, Israël y est le plus influent ; lutter contre l’expansionnisme iranien – là aussi, Israël a fait ses preuves ; enfin, coopérer sur le plan technologique – là encore, l’Etat hébreu est un acteur majeur.

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via LeMonde

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