Antony Blinken met l’Inde en garde sur les droits de l’homme

Le ministre des affaires étrangères indien, Subrahmanyam Jaishankar, et le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, lors d’une conférence de presse à New Delhi, le 28 juillet 2021.

Antony Blinken n’a pas pris de court les Indiens. Il avait prévenu avant son départ qu’il souhaitait aborder la question sensible des droits de l’homme. Le chef de la diplomatie américaine, qui a effectué, mercredi 28 juillet, un déplacement de vingt-quatre heures à New Delhi – sa première visite en Inde depuis l’élection de Joe Biden –, a tenu ses promesses, rompant avec le mutisme des Occidentaux observé ces dernières années sur l’affaiblissement des libertés et des droits sous le gouvernement Modi.

Le secrétaire d’Etat américain a commencé sa journée par deux rencontres symboliques, l’une avec un représentant du gouvernement tibétain en exil en Inde, Ngodup Dongchung, l’autre avec la société civile et les représentants des différentes communautés religieuses, pour insister sur la « dignité humaine, l’égalité des chances, l’Etat de droit, les libertés fondamentales, y compris la liberté de religion ».

Toutes ces valeurs ont été ébranlées par les nationalistes hindous. Depuis son accession au pouvoir en 2014, et plus encore depuis sa réélection en 2019, Narendra Modi n’a cessé d’exacerber les antagonismes religieux et de promouvoir l’« hindutva » (« hindouité »), une idéologie visant à assurer la suprématie des hindous. Les musulmans, qui représentent 14 % de la population, sont particulièrement stigmatisés, mais les catholiques et les autres minorités le sont aussi. Plusieurs piliers de la démocratie se sont effondrés, la liberté de la presse, l’indépendance de la justice, les droits de l’homme, menacés par l’utilisation de la loi sur la sédition, qui permet d’emprisonner, sans procès, tout opposant au régime.

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Jusqu’alors, le premier ministre indien avait été globalement épargné par ses hôtes occidentaux, peu regardants sur la question des droits humains mais pressés de conclure des marchés avec le géant asiatique, deuxième pays le plus peuplé de la planète avec son 1,3 milliard d’habitants. Barack Obama, l’ancien président démocrate, avait été l’un des rares à s’inquiéter des violences interreligieuses. « L’Inde sera freinée dans son développement tant qu’elle sera divisée religieusement », avait-il mis en garde le 27 janvier 2015, à l’issue d’une visite officielle de trois jours.

Climat politique agité

Mercredi, les sept participants à la table ronde ont balayé devant M. Blinken les sujets de tension qui secouent l’Inde depuis des mois : le mouvement de protestation des paysans ; la loi sur la citoyenneté, adoptée en décembre 2019, qui marginalise les musulmans ; la liberté d’expression et de la presse ; les droits des minorités ; les relations interconfessionnelles et l’affaire Pegasus, qui a mis au jour un espionnage à grande échelle des citoyens et des opposants par le gouvernement Modi. La visite du secrétaire d’Etat intervenait dans un climat politique particulièrement agité. Depuis plus d’une semaine, l’opposition bloque en effet la session parlementaire pour exiger une enquête judiciaire sur l’affaire Pegasus et la démission du ministre de l’intérieur, Amit Shah.

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via LeMonde

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