Après la crise des sous-marins australiens, la France cherche sa place dans l’Indo-Pacifique

Des navires de l’US Navy, de la marine chilienne, péruvienne, française et canadienne, lors d’un exercice dans l’océan Pacifique, en 2018.

Que peut-il rester de la stratégie indo-pacifique de Paris après la perte du « contrat du siècle » ? Après l’annonce surprise, le 15 septembre, d’une nouvelle alliance entre l’Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis, baptisée « Aukus », et la rupture de la commande de douze sous-marins que Canberra avait passée avec la France, un choc a eu lieu pour les intérêts français dans la zone indo-pacifique. Un mouvement de plaques stratégiques est à prévoir, mais ses effets concrets mettront du temps avant d’être réellement palpables.

A l’heure où Pékin s’affirme dans les eaux de la région, a militarisé des îlots poldérisés en mer de Chine méridionale et sort des fournées de nouveaux bâtiments militaires de ses chantiers navals, la France se revendique résolument « puissance du Pacifique ». Elle s’appuyait jusqu’alors principalement sur sa coopération avec l’Australie et l’Inde, et participait à des exercices militaires avec le Japon, simulant la réponse à l’invasion d’une île de l’archipel par un pays ennemi.

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En annonçant l’alliance Aukus et en infligeant un camouflet à la France sur les sous-marins, les Etats-Unis et l’Australie signifient que Paris n’est pas à leurs yeux un acteur majeur de la sécurité dans la région. La France avait fait de ses ventes d’équipements militaires un pilier de sa stratégie en Asie-Pacifique. Elles lui permettaient d’atteindre simultanément deux objectifs : l’un, évident, de débouchés industriels, l’autre de contribution à la réponse au défi chinois, sans entrer dans une alliance de défense formelle, qui aurait placé la France davantage dans le radar d’une Chine se méfiant de la constitution d’un « OTAN anti-chinois ».

Une situation incertaine

« Il est délicat de distinguer la question du contrat rompu par les Australiens avec Naval Group des enjeux de la position française en Indo-Pacifique », reconnaît Lucie Béraud-Sudreau, chercheuse à l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri) et spécialiste des exportations d’armement, notamment vers l’Asie. « Depuis dix ans, l’un des arguments majeurs de la diplomatie militaire française était justement de dire que la France ne se contentait pas de développer les ventes d’armes à l’export, mais que celles-ci reposaient sur des partenariats stratégiques. D’où le fait qu’il soit très difficile de les démêler aujourd’hui », ajoute-elle.

L’annonce d’Aukus pour la France « est un coup diplomatique et politique avant d’être un coup industriel et technologique, et cela ne va éventuellement se traduire de manière concrète que sur le temps long », abonde Hugo Decis, chercheur à l’International Institute for Strategic Studies (IISS), basé à Londres, et spécialiste des questions navales. « On ne peut pas prédire non plus précisément les conséquences côté Australie », précise-t-il, rappelant que la nouvelle alliance anglo-américano-australienne consiste pour l’instant seulement en l’ouverture de discussions devant aboutir sous dix-huit mois, soit pas avant 2023.

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via LeMonde

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