Après les excuses du pape, le Canada espère des actes envers les autochtones


Le pape François, la première autochtone gouverneure générale du Canada, Mary Simon, et le premier ministre, Justin Trudeau, lors de la visite papale au Canada, à Québec, le 27 juillet 2022.

A la demande de Raymond Gros-Louis, « aîné » de la nation Huronne-Wendat, le pape François, les cardinaux et les évêques de sa suite, tout comme le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et la gouverneure générale du Canada, Mary Simon, ont mis une main sur leur cœur pour un cérémonial d’accueil. Puis, comme le veut la tradition, ce représentant des Premières Nations a allumé un « feu sacré » afin de « faire le lien » avec les quatre directions et les « quatre éléments vitaux ». Il a soufflé dans un sifflet et demandé « à la grand-mère de l’Ouest d’avoir accès au grand cercle sacré ». Ainsi a commencé la rencontre du pape François avec les autorités canadiennes, mercredi 27 juillet, à la citadelle de Québec, au troisième jour de la visite du chef de l’Eglise catholique dans le pays.

Le face-à-face était prometteur. Justin Trudeau, le premier ministre canadien promoteur de valeurs libérales et d’une société protectrice des droits des minorités, accueillait officiellement le pape, chef d’une Eglise catholique opposée sur bien des points (droits procréatifs, mariage de personnes de même sexe) aux évolutions des dernières décennies dans les sociétés occidentales. D’autre part, dès 2017, le premier ministre canadien était allé voir François au Vatican pour lui demander de venir dans son pays présenter les excuses de l’Eglise catholiques aux autochtones pour les mauvais traitements infligés à quelque 150 000 de leurs enfants dans des pensionnats qu’elle a administrés, conformément à ce que demandait, en 2015, le rapport de la Commission de vérité et de réconciliation. Jusqu’à la venue à Rome d’une délégation d’autochtones, fin mars, le pape avait refusé.

Mais lundi et mardi, le pontife argentin a rencontré et demandé pardon, dans la province d’Alberta, aux composantes autochtones (Premières Nations, Métis, Inuit) du pays qui ont eu à souffrir du système des pensionnats où étaient internés de force des enfants que l’on voulait couper de leurs familles autochtones et de leur culture pour les assimiler à la société majoritaire. Les multiples mauvais traitements auxquels ils étaient en butte – et dont plus de 6 000 sont morts – ont laissé des traumatismes familiaux encore vifs aujourd’hui dans ces communautés.

« Système déplorable »

Entre le gouvernant et le chef religieux, l’échange cordial n’a pas empêché quelques piques. Justin Trudeau a reconnu que la demande de pardon formulée par François lundi a eu « un énorme impact » chez les représentants autochtones qui l’ont reçue. Il a cependant ajouté qu’elle ne pouvait être qu’un « point de départ, une première étape » et que des actions concrètes devaient suivre. Mary Simon a abondé en ce sens : « Nous avons hâte de connaître les actions qui seront prises par l’Eglise pour poursuivre ce travail essentiel » de réconciliation, a-t-elle dit. M. Trudeau a laissé entendre aussi qu’il aurait préféré que les excuses portent sur « le rôle que l’Eglise catholique romaine, comme institution, a joué », tandis que le pape a parlé lundi des actions commises par « de nombreux membres de l’Eglise et des communautés religieuses », sans engager toute l’institution.

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via LeMonde

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