Arabie saoudite : Mohammed Ben Salman, la revanche du proscrit


Le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salman, à Osaka, au Japon, le 29 juin 2019.

La quarantaine aura duré presque quatre ans, de l’automne 2018 à l’été 2022. Pendant l’essentiel de cette période, les principaux dirigeants occidentaux se sont tenus à distance du sulfureux Mohammed Ben Salman Al Saoud, dit « MBS », le prince héritier saoudien, désigné par la CIA comme l’ordonnateur de la liquidation du journaliste Jamal Khashoggi. Mais cette phase d’ostracisation non dite se termine. Après le déplacement du président français, Emmanuel Macron, en Arabie saoudite, en décembre 2021, puis celui du premier ministre britannique, Boris Johnson, en mars, la venue du président américain, Joe Biden, vendredi 15 juillet, à Djeddah, parachève le retour sur la scène internationale du fils du roi Salman, âgé de 36 ans.

Le virage est d’autant plus frappant que de tous les chefs d’Etat occidentaux, M. Biden est celui qui avait eu l’attitude la plus dure à l’endroit du jeune prince, monarque « bis » d’Arabie, qui a entrepris de sortir le royaume de sa sclérose. Le leader démocrate avait promis de traiter cet Etat en « paria » durant la campagne présidentielle et peu après son élection, il avait déclassifié le rapport des services secrets incriminant MBS dans la mise à mort, particulièrement sordide, de M. Khashoggi.

Le journaliste a été étouffé à l’intérieur du consulat saoudien d’Istanbul, le 4 octobre 2018, par une équipe de barbouzes venus de Riyad, qui ont ensuite démembré son corps à la scie à os. Dans la foulée de la publication du rapport, Joe Biden avait fait savoir qu’il ne s’entretiendrait pas avec le dauphin, au motif que son interlocuteur devait être Salman, le souverain en titre. Un affront qui n’est donc plus de saison.

« Le revirement de Biden constitue un triomphe politique et personnel pour Mohammed Ben Salman », estime Yasmine Faouk, analyste à la Fondation Carnegie. « C’est la revanche de MBS, opine Hussein Ibish, chercheur au Arab Gulf State Institute de Washington. Le voyage de Biden lui donne raison a posteriori. Quoi qu’il fasse, à la fin il s’en sort. »

Le conflit en Ukraine, un accélérateur

La volte-face du locataire de la Maison Blanche trouve son origine dans la guerre en Ukraine. Pour contrer le bellicisme russe, les Etats-Unis cherchent à revitaliser le camp arabe pro-américain, de la même façon qu’ils ont revigoré la vieille OTAN. A l’approche des élections de mi-mandat au Congrès, prévues à l’automne, Washington a un besoin urgent de marquer des points sur la scène intérieure, en faisant baisser le prix de l’essence, préoccupation majeure de l’électeur américain. Et la clé d’une inflexion des cours se trouve évidemment en Arabie saoudite, le plus gros Etat exportateur de brut de la planète, co-leader de l’OPEP + avec la Russie.

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via LeMonde

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