Arménie : l’armée entre en scène, le pays au bord de l’implosion

Le premier ministre arménien, Nikol Pachinian, lors d’un rassemblement de ses partisans, jeudi 25 février, à Erevan.

Commencée sitôt après le cessez-le-feu signé sous l’égide de Moscou, le 9 novembre 2020, mettant fin aux affrontements armés avec l’Azerbaïdjan pour le contrôle du Haut-Karabakh, la crise politique s’aggrave en Arménie. Dans une « déclaration du siège général des forces armées » publiée jeudi 25 février sur le compte Facebook de son porte-parole, c’est tout l’état-major arménien qui est entré en scène. « Les forces armées de la République d’Arménie exigent la démission du premier ministre et du gouvernement », proclame le document, qui dénonce la « gouvernance inefficace des autorités de tutelle » et de « graves erreurs de politique étrangère [qui] ont conduit le pays au bord de l’effondrement ». Parmi les signataires figure, au premier rang d’une longue liste d’officiers, le chef d’état-major de l’armée arménienne, Onik Gasparian.

La réaction du premier ministre, Nikol Pachinian, a été immédiate. Tout en qualifiant cette déclaration de « coup d’Etat » et en limogeant sur-le-champ le colonel général Gasparian, il a appelé ses partisans à descendre dans la rue. A 16 heures, le jour même, le chef du gouvernement, entouré de sa famille et de gardes du corps, s’est mêlé à la foule de quelque 20 000 personnes rassemblées au centre d’Erevan, la capitale de ce petit pays du Caucase. Muni d’un porte-voix, il a exhorté les militaires à s’occuper de leurs affaires, « protéger les frontières et l’intégrité territoriale de l’Arménie ». « L’armée ne peut pas participer aux processus politiques. L’armée doit obéir au peuple et aux autorités élues par le peuple, a-t-il ajouté sous les hourras. Ce sont mes ordres et personne ne peut y désobéir. »

Puis M. Pachinian s’est fait plus menaçant à l’égard de ses opposants. « Ceux qui ont volé le peuple n’ont pas la possibilité de revenir au pouvoir… Si quelqu’un franchit les limites des déclarations politiques, il sera arrêté. » « La fin du velours ! », a-t-il lancé en référence à la « révolution de velours », le mouvement de contestation pacifique qui l’a porté au pouvoir au printemps 2018. Comme ils le font quasi tous les jours depuis l’arrêt des combats dans le Haut-Karabakh, les partis d’opposition avaient également appelé, jeudi, les Arméniens à manifester devant le Parlement. Un dangereux face-à-face a parfois opposé les deux bords. Des partisans du premier ministre se sont jetés sur des véhicules porteurs du portrait de M. Pachinian maculé de sang. Quelques coups de poing ont été échangés.

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via LeMonde

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