Au Bangladesh, les collines calcinées d’un camp de Rohingya

Après un incendie, au camp de réfugiés de Balukhali (Bangladesh), le 23 mars.

Les images qui parviennent du camp de réfugiés rohingya de Balukhali, dans le district de Cox’s Bazar, dans le sud du Bangladesh, montrent des milliers de personnes s’affairant sur des collines calcinées, pour déblayer les gravats et récupérer des tôles noircies par le feu. Au moins 15 personnes ont péri dans les incendies qui ont touché, lundi 22 mars, plusieurs sections de ce mégacamp d’une trentaine de kilomètres carrés, où vivent dans des habitations de fortune environ 860 000 membres de cette minorité musulmane persécutée en Birmanie voisine. Entre 1 500 et 2 000 logements, c’est-à-dire des huttes et des cabanes de tôle, auraient été complètement détruits, entre 5 000 et 6 000 endommagés, ce qui pourrait représenter, selon un porte-parole local du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations unies, environ 45 000 personnes « déplacées ».

Le feu a pris lundi après-midi et a touché, avant d’être maîtrisé, à minuit, trois quartiers sur les 34 que compte le camp. Deux cliniques, dont l’une gérée par MSF, ont été détruites, ainsi que deux points de nutrition du Programme alimentaire mondial. Près de 400 personnes sont comptabilisées comme « disparues », dont beaucoup d’enfants – même si, à ce stade, la plupart seraient égarées dans l’immense camp. En cette saison très chaude et très sèche qui précède la mousson, c’est le troisième incendie en quatre jours. Deux autres, en janvier, avaient déjà laissé des milliers de sans-abri.

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Sur place, les ONG internationales et bangladaises sont à pied d’œuvre. « Nous utilisons nos centres d’apprentissage comme des abris provisoires pour les enfants. Par chance, aucun de nos centres de soin n’était dans les camps qui ont pris feu », explique au Monde Onno van Manen, directeur pour le Bangladesh de l’ONG Save the Children. « Les familles affectées par l’incendie sont parties dans d’autres zones loger chez des parents ou des connaissances, d’autres ont reçu du matériel temporaire », ajoute-t-il. Les autorités locales ont annoncé qu’une enquête était en cours sur l’origine du feu, qui, en se propageant, a fait exploser des bouteilles de gaz. Les clôtures de barbelés qui entourent les camps ont été pointées du doigt pour avoir gêné la fuite des habitants par les Nations unies et les agences d’aide locales et internationales..

Le Covid-19 a aussi restreint la liberté de mouvement des réfugiés

Les camps de Balukhali et Kutupalong avaient déjà fait parler d’eux après l’exode de près de 700 000 Rohingya de Birmanie entre août et décembre 2017 à la suite d’opérations de « nettoyage ethnique » imputées à l’armée birmane. L’attention portée par la communauté internationale à leur sort avait conduit à la distribution d’une aide substantielle au gouvernement du Bangladesh et aux ONG pour subvenir à leurs besoins et éduquer les enfants. Depuis, les Rohingya, relativement épargnés par la pandémie en raison des mesures strictes mises en place pour l’entrée et la sortie des camps, ont disparu des radars.

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via LeMonde

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