Au Brésil, au plus près des derniers peuples « isolés »

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Publié aujourd’hui à 03h18, mis à jour à 04h12

On les a vus. Ou plutôt entendus. Perçus. Sentis. Quelque part, là-bas, tout au bout de ce sentier de terre humide, au plus profond de la forêt. Il y a des signes qui ne trompent pas : du bois brisé, des outils rudimentaires, des cendres, restes d’un feu tout juste éteint. Et, au loin, très loin, tel un murmure du vent glissant entre les arbres, les chasseurs ont entendu des cris, reconnu des voix. Ils ont compris qu’ils n’étaient pas seuls, qu’il y avait, dans le ventre de la jungle, d’autres êtres humains.

« Que cherchent-ils, si haut en amont dans le fleuve ? », se sont interrogés les caciques et les guerriers du peuple Kanamari. « Ils » n’étaient jamais venus si près, à quelques heures de marche seulement de Sao Luis, leur village peuplé de 200 à 300 indigènes, perdu aux confins de l’Amazonie brésilienne. Est-ce la faim ? La curiosité ? Le hasard ? Ou, peut-être, la volonté des esprits des chamans kohana descendus du toit du ciel ? Nul ne sait trop. Une chose est sûre : « ils » sont bien là, tapis tout près.

Un groupe d’hommes du peuple Kanamari, le long de la rivière Javari, de retour d’une patrouille à l’intérieur de leur territoire, au Brésil, le 12 août 2021.

« Ils. » Chez les Kanamari du Vale do Javari, gigantesque réserve de la taille de l’Autriche, on les appelle, avec respect et fascination, les « parents », les « flecheiros » (« archers ») ou « ceux qui viennent de derrière ». Les autorités brésiliennes, elles, les désignent d’un nom bien moins poétique ; elles parlent de « peuples indigènes isolés » et « non contactés ». Les derniers êtres humains de la planète sans aucun contact avec le monde extérieur.

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Le Vale do Javari compterait ainsi seize groupes − 300 à 500 personnes au total, soit la plus grande concentration de la planète − qui, à la différence des Kanamari, n’entretiennent aucun lien avec la société brésilienne. De quoi justifier l’existence de cette réserve entièrement recouverte de forêt tropicale, à 3 500 kilomètres de Sao Paulo et de Rio. Un continent en soi, peut-être ce qui se rapproche le plus du « bout du monde », accessible uniquement par bateau ou avion.

Un membre de la tribu Kanamari à proximité du village indigène de Sao Luis, sur le territoire du Vale do Javari, au Brésil, le 11 août 2021.

Pareils lieux se méritent. Pour parvenir à Sao Luis, il faut compter dix heures de bateau rapide en saison sèche depuis la ville de Tabatinga, soit près de 300 kilomètres sur l’Amazone puis le rio Javari. La navigation se fait au pas et à vue : cette rivière est connue pour ses bancs de sable et ses pierres coupantes. Les implantations humaines les plus éloignées, à la naissance des affluents Curuça, Itui ou Itacoai, se rejoignent en plusieurs jours, voire quelques semaines de canoë. Pour les zones abritant, pense-t-on, les « parents » non contactés, il faudrait rajouter des jours et des jours de marche…

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via LeMonde

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