Au Burkina Faso, le bref retour de Blaise Compaoré réveille les fantômes de la division


Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, et l’ancien président Blaise Compaoré, au palais de Kosyam, à Ouagadougou, le 8 juillet 2022.

Issouf Nacanabo a suivi sur son téléphone, le cœur serré, les images de Blaise Compaoré foulant le tapis rouge du palais présidentiel de Kosyam, à Ouagadougou, sept ans après en avoir été chassé par la rue. Le Burkinabé a eu « pitié » en voyant chanceler l’ancien homme fort de son pays, âgé de 71 ans, affaibli et sujet à des absences. Il espérait l’entendre murmurer un « pardon ». Mais ce vendredi 8 juillet, l’ex-président est resté muet jusqu’à son départ, après quarante-huit heures passées dans la capitale, dans le même avion de la présidence ivoirienne qui l’avait mené vers son exil doré d’Abidjan en 2014.

Au Burkina Faso, le bref retour de M. Compaoré, qui n’était pas revenu depuis sa chute, a réveillé les fantômes du passé. Il était invité par le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, le chef de la junte au pouvoir depuis janvier, à participer à une rencontre d’anciens chefs d’Etat pour sceller la « réconciliation nationale » afin de lutter plus efficacement contre les attaques djihadistes qui ravagent le pays depuis 2015. Mais le mini-sommet a été perçu comme un échec au Burkina, où les vieilles blessures restent profondes.

Issouf Nacanabo, lui, porte à jamais les stigmates de cette journée du 31 octobre 2014 qui a fait basculer le régime Compaoré après vingt-sept ans de pouvoir. Trois longues cicatrices marquent son bras et ses côtes. Celles causées par les balles des militaires du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Au moins 34 personnes ont été tuées et plusieurs centaines blessées lors des manifestations survenues ce jour-là. Quand Issouf Nacanabo s’est réveillé à l’hôpital, deux jours plus tard, M. Compaoré venait de fuir le pays. « Personne n’imaginait qu’il puisse partir un jour », se rappelle ce musicien de 35 ans qui a perdu l’usage de sa main gauche et ne peut plus jouer de guitare.

« On a piétiné la justice »

Issouf Nacanabo fait partie de cette génération née sous « l’ère Compaoré ». Une époque de crimes silencieux jalonnée des morts suspectes d’opposants trop bruyants. Il a grandi hanté par le souvenir du journaliste d’investigation Norbert Zongo, retrouvé calciné dans sa voiture en 1998 après avoir enquêté sur la disparition du chauffeur de François Compaoré, le frère de l’ancien président – aujourd’hui réfugié en France. « C’était un climat de peur. Si tu avais le malheur de trop parler, on pouvait te frapper ou t’éliminer dans un accident monté de toutes pièces », rapporte-t-il.

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via LeMonde

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