Au Cameroun, l’héritage méconnu de Thérèse Sita-Bella, pionnière du journalisme africain


Photo non datée de Thérèse Sita-Bella.

Jusque dans la mort, Thérèse Sita-Bella se sera frayé une place là où on ne l’attendait pas. Sa dépouille repose dans le « saint des saints », le cimetière tant convoité des pères fondateurs de l’Eglise catholique au Cameroun, niché sur la colline de Mvolyé, à Yaoundé. Sans doute l’un des rares privilèges reçus dans une existence vécue à la marge. « Sita-Bella, c’est celle qui n’a jamais renoncé. Elle avait “la bouche”, du culot et de l’audace ! », s’exclame Géraldine Faladé, 87 ans, émue à l’évocation du souvenir de son amie, disparue en 2006.

Nées dans les années 1930, les deux femmes se sont connues à la veille des indépendances, dans le Paris des intellectuels africains. Géraldine Faladé sort du Centre de formation des journalistes (CFJ) quand Thérèse Sita-Bella décroche son diplôme à la Société de radiodiffusion de la France d’outre-mer (Sorafom). La Béninoise et la Camerounaise jouent des coudes pour s’imposer dans le milieu très masculin de la presse.

Avec d’autres confrères issus du continent, Thérèse Sita-Bella fonde à Paris, en 1959, La Vie africaine, un mensuel qui se veut « à l’avant-garde du combat pour l’unité culturelle négro-africaine », précise le premier numéro. Au sein de ce journal diffusé sur le continent et dans la diaspora, elle est la seule femme africaine parmi une vingtaine de rédacteurs.

Au fil des numéros et jusqu’à la disparition du magazine, en 1965, Thérèse Sita-Bella prêche l’égalité et fustige les barrières qui empêchent les femmes de prendre leur place dans l’Afrique indépendante naissante. « Pourquoi les emplois d’encadrement sont-ils réservés aux hommes ? Les femmes doivent y accéder ! Mais encore faudrait-il que nous sachions vaincre notre timidité, qui fait que nous restons jusqu’à présent tenues en laisse par l’élite masculine ! », s’anime-t-elle dans le premier numéro, en mars-avril 1959.

Quelques mois plus tard, elle précise sa pensée : « Si les Africains doivent conquérir leur indépendance, les Africaines doivent lutter pour leur libération, afin qu’elles puissent mieux remplir leur triple rôle de citoyennes, de mères de famille et d’épouses compréhensives. »

« Un caractère bien trempé »

Loin de prôner un féminisme de rupture totale avec la société patriarcale, Thérèse Sita-Bella défend une émancipation féminine fondée certes sur l’accès aux mêmes opportunités que les hommes, mais aussi sur les institutions du mariage et de la maternité. Elle mise également sur les modèles de réussite féminins ; des sources d’inspiration, pense-t-elle, pour les jeunes filles africaines. C’est ainsi qu’elle brosse à longueur d’articles les portraits d’architectes, députées, actrices issues du continent et de la diaspora.

Il vous reste 70.42% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

A lire aussi

Commentaires

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Instagram

#LuBess