Au Chili, la recomposition du paysage politique ouvre une nouvelle ère

Analyse. Il aura fallu trente et un ans au Chili pour tourner la page de la dictature militaire (1973-1990). C’est chose faite depuis l’élection, les 15 et 16 mai, des 155 membres de la convention qui sera chargée de remplacer la Constitution héritée du général Augusto Pinochet (1915-2006). Lors d’un scrutin historique, les Chiliens ont choisi une Assemblée constituante dominée par les indépendants et clairement marquée à gauche. « C’est, avant tout, la victoire du mouvement social de 2019 », dont une des principales revendications était la refonte complète de la Constitution pinochetiste, qui gravait dans le marbre le modèle néolibéral, analyse Carlos Ominami, ex-sénateur et candidat malheureux de la social-démocratie. « C’est une victoire de la critique de l’économie de marché, une victoire du féminisme et de l’écologie. » La loi fondamentale actuelle entérine le principe d’un Etat subsidiaire qui n’intervient que de manière très limitée, notamment dans les services publics.

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Personne n’avait prévu un tel séisme. Alors que la droite, opposée à la réécriture de la Constitution et sourde à la contestation, avait présenté une liste unifiée, l’opposition avançait, elle, en ordre dispersé. Difficultés de financement des petits candidats, nouvelle vague de l’épidémie due au coronavirus : tout laissait croire que l’espoir de renouveau soulevé en 2019 – et confirmé par le vote massif (78 %) en faveur de la réécriture de la Constitution lors du référendum d’octobre 2020 – retomberait comme un soufflé.

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C’est l’inverse qui s’est produit. La Lista del pueblo (« liste du peuple »), créée par les contestataires de 2019, a obtenu 27 des 255 sièges. Au total, 56,8 % des sièges seront occupés par des « indépendants » sans expérience du pouvoir. « Qui a gagné cette élection ? Mille minorités, la diversité », constate Marta Lagos, directrice de l’institut Latinobarometro. « On voit se dessiner un nouveau paysage électoral au Chili, estime Kevin Parthenay, professeur de sciences politiques à l’université de Tours. Ce n’est pas juste un changement politique : on assiste à l’arrivée au pouvoir de toute une génération qui avait commencé à lutter lors du mouvement des étudiants de 2011, et qui est devenue la nouvelle élite politique. »

La déroute de la droite

Les Chiliens ont montré l’ampleur de leur défiance vis-à-vis de la politique traditionnelle. Non seulement parce que seuls 43 % d’entre eux se sont déplacés pour voter, mais aussi parce que ceux qui l’ont fait ont infligé une défaite cuisante aux deux grands blocs qui ont mené la transition démocratique depuis 1990 : la droite – du très impopulaire président Sebastian Piñera – a obtenu à peine 37 sièges, moins que la minorité de blocage du tiers – les deux tiers des voix seront requis pour valider les articles de la nouvelle loi fondamentale. L’ancienne Concertation de centre gauche, qui a gouverné le pays pendant plus de vingt ans après la dictature, arrive, avec 25 sièges, derrière la coalition intégrée par le Parti communiste et la « nouvelle gauche » du Frente Amplio (« front élargi ») issue du mouvement de 2011 (28 sièges).

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via LeMonde

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