Au cœur d’Europol et Eurojust, ces institutions opaques associées contre le crime organisé


Le contrôle des camions vu du bureau des douanes, à Anvers, en Belgique.

Le bâtiment, gris et fonctionnel, pourrait abriter n’importe quelle entreprise de bureau. Posé dans un quartier d’affaires de La Haye (Pays-Bas), loin des ruelles typiques du centre-ville, le QG d’Europol est une ruche blindée, truffée de caméras de surveillance. Au menu des briefings rythmant les journées de l’organisation policière européenne, des affaires sensibles.

Derrière les portes fermées s’élabore la lutte contre le crime – celui qui dépasse les frontières. Plus d’un millier de personnes, dont une cinquantaine de Français, travaillent aujourd’hui au sein de cette organisation créée en 1999, volontiers opaque et cultivant le secret sur ses -techniques d’investigation. Sous la direction de Catherine De Bolle, issue de la police belge, quelque 150 analystes prennent le pouls des organisations criminelles.

Le hall de l’immeuble d’Europol, La Haye, novembre 2021.

L’agence de coopération policière de l’Union européenne (UE) est appelée en soutien des investigations dès que deux Etats travaillent sur une enquête commune. Les données sont stockées, croisées puis exploitées par les analystes chargés de la partie opérationnelle. Selon le Guardian, le volume d’informations détenues par Europol représente « au moins 4 pétaoctets, soit l’équivalent de 3 millions de cédéroms ou un cinquième de l’intégralité du contenu de la bibliothèque du Congrès américain ». Une ressource gigantesque qui a récemment fait tiquer le Contrôleur européen de la protection des données, lequel a enjoint à l’agence de supprimer les données reçues de la part des Etats membres sur les personnes six mois après réception, si aucun lien avec une organisation criminelle n’avait été établi.

Une fois les données analysées, c’est lors des action days, les « jours J » où les polices nationales se projettent sur leurs cibles, que le travail de fourmi des enquêteurs sort de l’ombre. Ce fut le cas, par exemple, en octobre 2021, à l’occasion d’une opération baptisée « DarkHunTOR » qui a abouti à l’arrestation de 150 personnes en Australie, en Bulgarie, en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas, en Suisse, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, soupçonnées de se livrer au commerce de la drogue sur le dark Net. Plusieurs millions d’euros en numéraire et en bitcoins, ainsi que de la drogue et des armes, avaient été saisis. Les 27 Etats membres d’Europol disposent à La Haye d’agents de liaison, qu’ils soient policiers, gendarmes, ou encore douaniers. Parmi les membres non européens, mais décisifs pour les enquêtes internationales, figurent une trentaine de représentants américains (de la Drug Enforcement Administration [DEA], du FBI, du Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives [ATF]…), mais aussi un bureau de liaison colombien avec deux policiers. Officiellement, ce sont les polices des Etats membres qui réalisent les arrestations. Europol apparaît en appui, comme une forme de coproduction discrète.

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via LeMonde

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