Au Kazakhstan, le soulèvement écrasé dans le sang

Dans le centre d’Almaty, les passants marchent le long des traces de sang, le 6 janvier 2022.

Au lendemain des troubles les plus importants qu’ait connus le pays depuis son indépendance, le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a affirmé, vendredi 7 janvier, que « l’ordre constitutionnel a été largement rétabli », tout en précisant, dans un communiqué, que les opérations se poursuivraient « jusqu’à la destruction totale des [manifestants] ». Il a ensuite donné pour consigne aux policiers et militaires d’ouvrir « le feu sans avertissement », dans un discours à la télévision. Toutes les régions ont été « libérées et placées sous protection accrue », avec 70 points de contrôle établis dans le pays, a affirmé le ministère de l’intérieur.

Les protestations se poursuivaient néanmoins dans plusieurs villes, jeudi, malgré l’emploi de la force létale par les structures de ­sécurité et le déploiement de ­ « forces de maintien de la paix » russes. Au sud-est, à Almaty, la ­capitale économique (1,7 million d’habitants), devenue l’épicentre du soulèvement, des tirs en rafale ont encore résonné au cours des vingt-quatre dernières heures, et des blindés ­quadrillent les larges avenues. La ville a été attaquée par « 20 000 bandits » avec un « plan clair », a affirmé le président.

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Au nord-ouest, d’où le mouvement insurrectionnel est parti, les manifestations n’ont pas non plus cessé. A Aktaou, les protestataires ont formé des barricades sur la route de l’aéroport pour bloquer l’accès aux militaires russes, selon le média en ligne Azattyq, tandis que 3 000 personnes occupaient le centre-ville de Janaozen, selon le site Orda. Il y a dix ans, la police y avait ouvert le feu sur des manifestants réclamant de meilleurs salaires, tuant 16 personnes. Depuis, Janaozen était restée dans les mémoires comme le pire bain de sang de l’histoire récente du pays.

« Criminels armés »

L’épisode insurrectionnel que traverse l’ex-république soviétique promet un bilan plus lourd. Après avoir fait état, jeudi, de « dizaines » de morts parmi les manifestants désignés comme des « terroristes [qui] se cachent derrière les femmes et les enfants », le ministère kazakh de l’intérieur a cependant paru rétropédaler en avançant, vendredi, les chiffres de 26 « criminels armés » tués et de 18 blessés – alors que, la veille, le ministère de la santé évoquait un millier de blessés. Dix-huit policiers auraient également été tués, selon les autorités, qui n’ont pas publié leurs noms. L’emploi du terme « terroristes » suggère que le pouvoir n’a pas l’intention de dialoguer avec les manifestants. La révolte trouve pourtant son origine dans la libéralisation, le 1er janvier, du prix des carburants. Le GPL, très utilisé pour les véhicules particuliers, a vu son prix doubler.

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via LeMonde

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