Au Liban, la culture du cash s’impose dans plusieurs secteurs

Directrice des achats du groupe Boubess, qui détient l’hôtel Commodore et plusieurs restaurants à Beyrouth, Nathalie Farjallah compose avec la nouvelle donne au Liban : le tout-cash est devenu roi. « Nos fournisseurs n’acceptent plus les chèques et sont payés en espèces, les salaires des employés sont versés en liquide, et nous avons supprimé ou restreint les paiements par carte dans nos restaurants », dit-elle dans son bureau situé dans l’hôtel, ancien repaire de journalistes pendant la guerre (1975-1990), dans le quartier Hamra.

Ce basculement vers une économie basée sur l’argent liquide touche une majorité de secteurs : commerces, entreprises, écoles ou hôpitaux privés, tous soumis aux contraintes bancaires – de lourdes décotes sur les chèques et l’augmentation des frais. « Tant qu’on était autour de 20 à 25 % de commission bancaire sur les transferts ou les retraits, on pouvait absorber le coût. Mais, avec des frais de l’ordre de 40 %, on ne peut plus faire de compromis », défend Nathalie Farjallah. Le groupe a choisi de maintenir le paiement intégral par carte bancaire uniquement dans ses adresses haut de gamme, en majorant l’addition de 30 %.

La culture du cash n’est pas nouvelle au Liban : moins de 50 % de la population possédait un compte en banque avant la grave crise financière qui a éclaté en 2019, et de nombreux commerces de proximité opéraient en monnaie sonnante et trébuchante. Mais l’extension de cette pratique marque un nouveau palier dans la faillite libanaise et reflète une réalité crue pour les banques : une grande partie des transactions financières se joue en dehors de leur circuit.

Ralentissement de l’activité

Pour les Libanais bancarisés, c’est un casse-tête : ils sont soumis à des restrictions drastiques sur les retraits depuis leur compte. Dans les supermarchés, les paiements en carte avaient d’ailleurs augmenté avant que ces négoces décident, au printemps, de limiter ces transactions à la moitié de la somme à régler, l’autre partie devant être acquittée en liquide. Si les paiements en espèces permettent de maintenir les marges des commerçants ou d’assurer une stabilité pour les écoles, elles ralentissent l’activité et paralysent des familles.

Pour faire face aux demandes en argent liquide, couplées à une hyperinflation, il faut détenir des devises, qu’il s’agisse de salaires en dollars, d’argent envoyé par des proches à l’étranger ou de réserves – les retraits bancaires, par exemple, dans les premiers mois de la crise. « Notre pic de ventes de coffres-forts a eu lieu à l’automne 2019, témoigne Mohamed, employé dans un magasin spécialisé situé à Hamra, désert. Les gens ont compris alors qu’ils ne pouvaient plus faire confiance aux banques et ils avaient encore des moyens. »

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via LeMonde

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