Au Liban, la pénurie d’essence provoque un nouveau drame

Des soldats de l’armée libanaise inspectent le site de l’explosion d’un réservoir de carburant dans le village de Tlel, au Liban, le 15 août 2021.

Echine courbée et regard perdu, Mamdouh Khodr attend à l’entrée des urgences de l’hôpital Geitawi à Beyrouth les nouvelles de son fils Ouday « entré en salle d’opération ». Grièvement brûlé, son fils a été évacué vers la capitale, après l’explosion d’un réservoir d’essence dans la région du Akkar, située au nord du Liban. C’était la nuit, après 1 heure du matin, dimanche 15 août. Selon un bilan provisoire, 28 personnes ont été tuées. Plus de 50 brûlés restaient hospitalisés dimanche, entre Tripoli (nord) et Beyrouth, dont la moitié dans un état grave. Les victimes sont des civils et des militaires. Des bouts de corps retrouvés sur les lieux de l’explosion doivent encore être identifiés.

Selon Mamdouh Khodr, « Ouday, [qui est] soldat, était avec un ami, ils ont rejoint la foule » qui s’était ruée samedi soir près d’un réservoir d’essence saisi plus tôt par l’armée, et dont une partie avait été laissée pour être distribuée à la population, dans la localité de Tleil, à 4 kilomètres de la Syrie. Dans le chaos, des hommes tentaient de récupérer un peu de ce précieux liquide devenu quasi introuvable au Liban depuis l’annonce, mercredi, de la levée des subventions sur les carburants faite par la banque centrale. Les versions divergent sur les causes de l’explosion : des coups de feu tirés sur le réservoir ? Des flammes provoquées par l’allumage d’un briquet ?

Abysse économique

« Nos vies ne valent rien pour les dirigeants », dit Mamdouh, au visage fripé, qui résume en peu de mots les malheurs de sa région du Akkar, la plus pauvre du Liban, dans l’abysse économique où est plongé le pays en lambeaux : « Les gens ont faim. »

Reportage : Le Liban en état de catastrophe humanitaire

Le drame de Tleil, les cris de personnes prises au piège des flammes, les images de corps recouverts de bandages, sont un nouveau choc au Liban. « Tout est possible, quand il n’y a plus de gouvernement qui gère le pays [l’exécutif est démissionnaire depuis un an], et que la situation économique est instable. Il n’y a plus de limites aux problèmes et aux troubles », s’inquiète le docteur Pierre Yared, directeur de l’hôpital Geitawi, à Beyrouth, doté d’un centre pour les grands brûlés. Le 9 août, trois personnes avaient été tuées dans le nord du Liban à la suite de disputes liées à l’approvisionnement en essence.

Des individus ont fait des stocks en escomptant réaliser de juteux profits une fois les subventions levées, et des quantités sont trafiquées vers la Syrie

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via LeMonde

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