Au Liban, l’armée n’échappe pas à la crise financière

Des soldats de l’armée libanaise à bord de véhicules militaires à Tripoli, au Liban, le 29 janvier 2021 Des soldats de l’armée libanaise à bord de véhicules militaires à Tripoli, au Liban, le 29 janvier 2021

Parmi les communiqués de l’armée libanaise faisant état d’opérations de terrain ou de dons de matériel militaire, une annonce inhabituelle détonne : celle d’un accord passé, lundi 15 février, pour une fourniture de rations alimentaires par l’ambassade de France à Beyrouth. Plus de 2 000 paquets contenant de l’huile ou du riz ont été reçus. Il en faudra davantage pour nourrir la troupe, composée d’environ 70 000 hommes. Mais ces colis « vont bénéficier aux familles de soldats les plus nécessiteuses, assure une source militaire libanaise. Nous ne nions pas l’existence d’une crise pour assurer de nombreux besoins de l’armée ».

Cette aide destinée à des soldats et à leur foyer, qui reste symbolique (elle se chiffre à 60 000 dollars, soit un peu moins de 50 000 euros), s’inscrit dans le cadre d’autres actions de soutien françaises à l’armée. Plusieurs partenaires européens du Liban s’inquiètent que le désastre économique entraîne progressivement une baisse des effectifs, et qu’un éventuel affaiblissement de l’armée, considérée comme une colonne vertébrale, accélère le chaos.

Venus de milieux pauvres, les soldats se sont enrôlés avec la garantie d’une couverture de leurs frais de santé et d’une partie de la scolarité de leurs enfants, qui restent pour l’heure assurées. Comme tous les employés de la fonction publique payés en monnaie locale, ils ont vu fondre la valeur de leur salaire ; les prix de l’alimentaire, en majorité importé, flambent. Le revenu de base d’un soldat ne vaut plus qu’environ 120 euros, contre plus de 660 euros en 2019, avant l’éclatement de la crise financière et le plongeon de la livre libanaise face au dollar.

Séisme social

Si l’érosion touche l’ensemble des institutions, l’armée se garde de parler publiquement de ses difficultés. Un signe a toutefois percé, à l’été 2020, avec l’annonce d’un retrait de la viande des rations des brigades. « L’armée a plusieurs fois manifesté des difficultés à faire face à la situation économique qui hypothéquerait sa capacité opérationnelle, explique un observateur familier des milieux sécuritaires. La mise en péril de ce système serait très dangereuse, d’autant que l’armée est en surchauffe opérationnelle. »

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Depuis le soulèvement populaire d’octobre 2019, elle est mobilisée pour le maintien de l’ordre lors des manifestations et des éruptions de colère. Elle a aussi été sollicitée pour la distribution d’aide humanitaire à la suite de la double explosion au port de Beyrouth, en août 2020. Elle maintient un capital de confiance. Mais comme lors des récentes manifestations à Tripoli contre la dégradation sociale aggravée par le confinement, émaillées de violences et d’actes de vandalisme, elle est régulièrement critiquée par les partisans du soulèvement qui l’accusent d’un recours excessif à la force et d’arrestations arbitraires. Le risque, pointe le cercle de réflexion International Crisis Group, est que les forces de sécurité se retrouvent « à incarner le visage de l’échec de l’Etat, alors qu’elles compensent pour l’absence de politique et de gouvernance en contrôlant une population dont elles partagent les doléances ».

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via LeMonde

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