Au Liban, les élections législatives suscitent un espoir ténu de changement


Verena al-Amil, à Beyrouth, le 22 mars 2022.

A seulement 23 ans, Verena Al-Amil a été l’une des figures de la « thaoura », le soulèvement d’octobre 2019 au Liban. De la faculté de droit de l’université Saint-Joseph de Beyrouth, où elle a fondé le mouvement estudiantin Taleb (« revendique ») et présidé le Club laïque, elle a porté son combat dans la rue contre le système confessionnel et les responsables politiques accusés d’avoir précipité le pays dans la faillite. « La “thaoura” a représenté une possibilité réelle de changement. Elle a brisé les tabous, les figures divines des zaïms [chefs communautaires] : ils savent désormais qu’ils ont des comptes à rendre », estime-t-elle.

A 26 ans, désormais avocate, elle a décidé de poursuivre la bataille dans les urnes, devenant l’une des plus jeunes candidates aux élections législatives du 15 mai. « Après la “thaoura”, la crise économique, l’explosion au port de Beyrouth, je n’allais pas baisser les bras et dire à cette classe politique qu’elle a gagné », explique Verena Al-Amil. « Si on n’y va pas maintenant, alors quand ? Si ce n’est pas nous, alors qui ? », poursuit-elle, affirmant mener le combat pour ceux de sa génération qui ont été déçus que la « thaoura » n’ait pas apporté un changement radical et ceux que la crise a poussés à l’exil.

Face aux zaïms enracinés dans leurs fiefs, disposant d’une machine électorale bien rodée, la bataille s’annonce difficile pour les quelque 284 candidats du camp de l’opposition et des indépendants. La ferveur révolutionnaire a été balayée par les crises. La loi électorale ne joue pas en leur faveur, pas plus que la dispersion des candidats sur des listes concurrentes. Ils espèrent toutefois faire mieux qu’au scrutin de 2018, où une seule candidate de l’opposition avait décroché l’un des 128 sièges de l’Assemblée. Les tendances de vote pour les expatriés, notamment aux Emirats arabes unis et en France, leur ont redonné un peu d’espoir.

Verena Al-Amil a un temps hésité avant de se jeter dans la bataille. N’ayant pu se trouver une place sur une liste à Beyrouth, c’est dans la région du Metn, un fief des partis chrétiens traditionnels, qu’elle se présente pour un siège maronite. « Sans entrées dans le tissu social et sans budget », la candidate sait qu’elle n’a quasiment aucune chance, moins encore que ses colistiers de Nahwa Al-Daoula, le journaliste Jad Ghosn et le réalisateur Lucien Bourjeily, plus connus. « Les gens du Metn préfèrent voter pour les gens qu’ils connaissent, les grandes familles, déplore-t-elle. Dans leur tête, un politicien, c’est un homme de plus de 50 ans qui a beaucoup d’argent et offre des services. »

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via LeMonde

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