Au Liban, un rapport brise le tabou des violences sexuelles perpétrées durant la guerre civile


Vue d’une exposition « Memory of a Paper City » de l’artiste libanais Alfred Tarazi, à Beyrouth, au Liban, le 14 juin 2022.

LETTRE DE BEYROUTH

Personne ne leur avait jamais demandé de raconter leur histoire. Il aura fallu attendre plus de trente ans après la fin de la guerre civile libanaise (1975-1990) pour entendre les témoignages de dizaines de femmes et d’hommes, qui ont été victimes ou témoins de violences sexuelles au cours de ces quinze années de conflit. « Des décennies d’amnésie collective, de “résilience libanaise” et de culpabilisation des victimes ont réduit les victimes de violences sexuelles au silence », déplore dans un rapport, publié en juin, l’ONG Legal Action Worldwide (LAW).

Cette enquête, intitulée « Ils nous ont violés de toutes les manières possibles. Les crimes de genre durant les guerres civiles libanaises », est la première à lever le voile sur un aspect tabou de la guerre civile, dans laquelle 100 000 personnes ont été tuées et 17 000 autres ont disparu. « Nous avons découvert qu’il y a eu des violences sexuelles systématiques, des viols, des tortures et des abus, de la part de tous les acteurs étatiques et non étatiques, avec l’objectif de déplacer des communautés ou d’humilier des familles, notamment à des fins de recrutement », dit Fatima Shehadeh, responsable de programmes pour LAW au Liban.

L’ampleur du phénomène a surpris les enquêteurs de LAW tout comme les experts. « Il y a eu un déni à tous les niveaux. Même dans la société civile, des militantes féministes ont pu dire qu’au Liban il y a eu un gentleman’s agreement entre belligérants pour que les femmes ne soient pas touchées. C’est faux, on a effacé cette mémoire, et les conséquences de ces crimes se poursuivent jusqu’à aujourd’hui », déplore Carmen Abou Jaoudé, politologue et experte en justice transitionnelle.

Prostitution forcée

Cette enquête préliminaire a été lancée par l’agence des Nations unies pour l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes (ONU Femmes) après le vote d’une loi au Parlement libanais, en 2018, établissant une commission nationale indépendante chargée du dossier des personnes disparues pendant la guerre. Elle a été confiée à l’ONG LAW qui, avec l’aide du comité des familles des personnes disparues et enlevées au Liban et de Justice sans frontières, a interviewé cent cinquante personnes dans huit régions, dont trente-six lors d’entretiens approfondis, et animé six groupes de discussions avec une cinquantaine de témoins, de juin 2020 à mai 2021.

Ces témoignages anonymisés dépeignent les violences terribles – viols collectifs, mutilations génitales, tortures sexuelles, enlèvements et meurtres – auxquelles ont été soumises des Libanaises et des Palestiniennes, femmes et enfants, par des forces gouvernementales et des milices. « Ma femme et moi étions en train de fuir notre maison, et une femme hurlait (…). Elle était allongée sur le sol et deux hommes la violaient. Sa bouche avait été mutilée d’une manière inhumaine. Sa famille a été mise face au mur, puis abattue. Un de ses enfants a été kidnappé », raconte ainsi un homme de 70 ans.

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via LeMonde

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