Au Monténégro, le phénomène Dritan Abazovic


Le premier ministre Dritan Abazovic, au Parlement de Cetinje, au Monténégro, le 28 avril 2022.

On entend sa voix et son rire tonner dès la salle d’attente du siège du gouvernement monténégrin, un petit bâtiment planté dans le centre de Podgorica, désert en ce lundi 23 mai, jour de fête nationale. A 36 ans, Dritan Abazovic est un fort en gueule, un homme qui semble né pour la comédie mais qui se retrouve, depuis le 28 avril, premier ministre de ce petit pays des Balkans comptant à peine plus de 600 000 habitants. Jovial, ancien activiste anticorruption, militant écologiste et proeuropéen, appartenant de surcroît à la petite minorité albanophone, l’homme qui porte toujours une crinière bouclée brune et brouillonne dirige désormais un Etat jusqu’ici surtout connu pour sa redoutable mafia et sa corruption endémique.

Autant de symboles inédits dans les Balkans, une région où les critères ethniques importent toujours plus que les compétences. « Un choc positif qui montre que tout est possible », célèbre, dans son anglais mâtiné d’un fort accent balkanique, ce phénomène politique qui transforme ce qui devait être une brève interview en une heure de one-man-show ponctuée de grands mouvements de bras et de gestes tactiles. Autoproclamé « cosmopolite », « monténégrin et européen », le responsable politique, désireux de tourner la page du nationalisme mortifère dans l’ex-Yougoslavie, vante « un pays qui donne un exemple à tous les autres en Europe, y compris le [n]ôtre ».

Volonté affichée d’adhérer à l’UE

« Certains pensent qu’ils sont discriminés, mais la réalité, c’est qu’ils ont des phobies », estime-t-il. Prenez, par exemple, le président de la communauté islamique. « Il y a quelques années, il m’avait dit : “Jamais dans ce pays il n’y aura de premier ministre musulman !” », se remémore ce « musulman peu pratiquant » qui gouverne un pays à grande majorité orthodoxe. Elu pour la première fois au Parlement en 2012, à l’âge de 26 ans, quelques années après avoir fini ses études en sciences politiques, M. Abazovic s’est fixé un objectif ambitieux : « Mon rêve est que le Monténégro adhère pleinement à l’Union européenne », assure-t-il, en évoquant la date de « 2025 ». « Dritan Abazovic serait capable de vendre des aspirateurs pour le Sahara », plaisante, admirateur, un diplomate.

Le Monténégro est candidat à l’adhésion à l’Union européenne depuis 2010, sans vraiment faire d’effort pour éradiquer la corruption, principal obstacle à son adhésion. Pour convaincre de sa volonté, le premier ministre cite deux arrestations spectaculaires intervenues ces dernières semaines. En avril, l’ancienne présidente de la Cour suprême a été interpellée, après que son fils a été surpris, sur une messagerie sécurisée prisée des mafias locales, en train d’assurer avoir la protection de sa procréatrice pour dealer de la cocaïne. Quelques semaines plus tard, le président du tribunal de commerce a suivi, soupçonné, lui, d’avoir détourné des actifs d’entreprises en faillite.

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via LeMonde

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