Au Mozambique, les déplacés commencent à revenir à Mocimboa da Praia, libérée des djihadistes


Une église de Mocimboa da Praia, au Mozambique, le 22 septembre 2021.

Ils sont descendus du bus tout sourire en portant leurs affaires à bout de bras. Le 9 juin, 123 habitants de Mocimboa da Praia ont été autorisés à se réinstaller dans la petite ville portuaire de l’extrême nord-est du Mozambique. Venus du camp de déplacés de Quitunda, à 80 km au nord, ils sont les premiers à rentrer depuis que la localité a été reprise aux insurgés islamistes chabab par les forces armées mozambicaines et leur allié rwandais, en août 2021. Mais la ville qu’ils ont connue a disparu ou presque.

Cocotiers calcinés, murs troués de balles, magasins incendiés, véhicules abandonnés par dizaines et réduits à l’état de carcasses… Les combats ont laissé Mocimboa da Praia exsangue. Des hommes en bleu de travail ont beau s’activer depuis début juin pour nettoyer les rues et redresser ce qui peut l’être, la ville entière baigne dans une atmosphère de fin du monde. L’église semble avoir été attaquée à l’arme lourde. Les bâtiments administratifs, les stations-service, la mosquée principale, les écoles et les banques ont été totalement détruits.

Avant de devenir le principal bastion des Chabab, Mocimboa da Praia a été le symbole de leur emprise grandissante sur la province du Cabo Delgado. La petite localité portuaire se situe à mi-chemin sur la route côtière qui va de Pemba, le poumon économique du Cabo Delgado, à Palma, qui abrite l’immense chantier gazier d’Afungi, dont TotalEnergies est le principal promoteur. « Une ville pratique, un carrefour du nord, avec des ressources, des maisons solides, un aéroport et un port essentiels pour le business », résume le lieutenant-colonel rwandais Vincent Ntazinda, qui assure désormais la sécurisation d’une partie de la ville.

Il faudra tout rebâtir

Les insurgés bénéficient depuis longtemps de relais et de soutiens à Mocimboa da Praia. Plusieurs combattants chabab, dont l’un des principaux dirigeants du groupe, Bonomade Machude Omar (alias « Ibn Omar »), sont originaires de la ville. C’est là qu’ils se sont fait connaître, le 5 octobre 2017, en prenant d’assaut plusieurs postes de police. Et c’est depuis cette base arrière qu’ils ont étendu leurs actions, coupant les routes et vidant les villages.

Après plusieurs tentatives d’incursion, Mocimboa da Praia est passée complètement sous le contrôle des djihadistes en août 2020. Sept mois plus tard, la ville de Palma, à 80 km plus au nord, est tombée à son tour. Une poussée tous azimuts qui a jeté sur les routes près de 800 000 habitants du Cabo Delgado.

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via LeMonde

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