Au Nicaragua, l’Eglise catholique locale accusée « d’incitation à la haine » par la police


Des forces de police patrouillent et empêchent l’évêque Mgr Rolando Alvarez et les prêtres qui l’accompagnent de quitter le siège épiscopal, à Matagalpa, au Nicaragua, le 4 août 2022.

Les relations entre le pouvoir du Nicaragua et l’Eglise catholique locale s’enveniment. La police nicaraguayenne a annoncé, vendredi 5 août, avoir ouvert une enquête pour « agissements délictueux », et a dénoncé « la situation créée (…) sous les auspices de l’évêque de Matagalpa », assiégé depuis jeudi dans son évêché par les forces de police.

Dans un communiqué officiel, les autorités policières accusent les « hautes autorités de l’Eglise catholique du diocèse de Matagalpa », mené par l’évêque Mgr Rolando José Alvarez Lagos, de « tenter d’organiser des groupes violents, en les incitant à commettre des actes de haine contre la population ».

Les « agissements » de l’Eglise ont « pour but de déstabiliser l’Etat du Nicaragua et d’attaquer les autorités constitutionnelles », assure le communiqué de la police qui annonce avoir « ouvert une enquête afin de déterminer la responsabilité pénale des personnes impliquées dans ces agissements délictueux ».

« Sa soutane ne lui accorde pas l’impunité »

Mgr Rolando Alvarez, critique du gouvernement du président Daniel Ortega, a célébré vendredi une messe retransmise depuis son évêché sur les réseaux sociaux en direct de son évêché de Matagalpa, à 130 km au nord-est de la capitale Managua. Des policiers antiémeutes « continuent de fermer la rue » de l’évêché, a-t-il dénoncé lors de cet office. « La porte principale et le garage sont également bloqués » par la police, a déclaré le prélat âgé de 55 ans, qui est empêché depuis jeudi de rejoindre sa cathédrale, à quatre rues de là. « Nous sommes dans l’évêché. Personne ne peut sortir ni entrer », a décrit à l’Agence France-Presse (AFP) l’un des prêtres retranchés avec M. Alvarez.

« Les personnes soumises à l’enquête resteront à leur domicile », précise encore la police, qui empêche depuis jeudi l’évêque et les prêtres qui l’accompagnent de quitter le siège épiscopal. Mgr Alvarez avait réclamé jeudi le respect de la « liberté » religieuse après la fermeture par les autorités de plusieurs radios catholiques et dénoncé un « harcèlement » policier.

Le député Wilfredo Navarro, du parti sandiniste de Daniel Ortega, a dénoncé vendredi « une attitude provocatrice » de l’évêque de Matagalpa. Rolando Alvarez « incite à la violence (…) Il l’a déjà fait en 2018. Rappelons qu’il a dirigé, avec d’autres curés, la tentative de coup d’Etat [contre Daniel Ortega] qui a provoqué tant de souffrance et de larmes au Nicaragua », a déclaré le député dans un article publié sur le site internet de la télévision publique Canal 4. « Sa soutane ne lui accorde pas l’impunité », a averti M. Navarro.

L’Union européenne condamne la fermeture de plusieurs radios catholiques

Un homme regarde la messe de Mgr Rolando Alvarez via Facebook à Matagalpa, au Nicaragua, le 5 août 2022.

« Nous soutenons les religieux qui, comme Rolando Alvarez, résistent avec dignité, cohérence et courage aux persécutions du gouvernement d’Ortega », a déclaré sur Twitter le Centre nicaraguayen des Droits de l’Homme (Cenidh).

L’Union européenne (UE) a condamné, jeudi, la fermeture « arbitraire » cette semaine de plusieurs radios catholiques nicaraguayennes ainsi que l’usage « sans précédent » de la violence depuis 2018 pour intimider les opposants au gouvernement.

Les relations entre l’Eglise catholique et le gouvernement de M. Ortega sont tendues depuis 2018 lorsque des manifestants qui réclamaient la démission du président nicaraguayen ont trouvé refuge dans des églises. Le président Ortega a accusé l’Eglise catholique d’être complice d’une tentative de coup d’Etat ourdie par Washington. La crise a même mené à l’expulsion en mars du nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) Mgr Waldemar Sommertag.

Daniel Ortega, un ex-guérillero sandiniste âgé de 76 ans, a été réélu en novembre 2021 pour un quatrième mandat présidentiel consécutif, lors d’un scrutin d’où étaient absents tous ses adversaires potentiels de poids, ceux-ci ayant été arrêtés ou contraints à l’exil.

Des manifestations qui réclamaient sa démission en 2018 ont été réprimées dans le sang, avec un bilan d’au moins 355 morts, des centaines de personnes emprisonnées et des dizaines de milliers exilées, selon la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH).

Le Monde avec AFP

via LeMonde

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