Au Nigeria, une commission indépendante reconnaît le « massacre » de Lekki

Lors d’une commémoration du massacre de Lekki, à Lagos, le 20 octobre 2021.

Les forces de sécurité du Nigeria ont commis ce qui s’apparente à un « massacre » en tirant sur des manifestants pacifiques en octobre 2020 à Lagos, a conclu une commission indépendante, contredisant la version défendue sans relâche par le gouvernement fédéral. Selon le rapport de cette commission d’enquête, consulté par l’AFP mardi 16 novembre, l’armée puis la police ont, le soir du 20 octobre 2020, ouvert le feu sur des manifestants pacifiques. Onze personnes sont mortes, quatre sont toujours portées disparues et présumées mortes, tandis que 21 ont été blessées par balles.

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« Au péage de Lekki, des membres de l’armée nigériane ont tiré, blessé et tué des manifestants non armés et sans défense […] alors qu’ils brandissaient le drapeau du Nigeria et chantaient l’hymne national. La manière dont ils ont été attaqués et tués peut être décrite comme un massacre », écrit cette commission. En outre, l’armée a empêché « les ambulances de porter assistance » aux blessés et la police « a tenté de dissimuler » cette tuerie « en ramassant des balles » sur les lieux.

Le texte a fuité sur les réseaux sociaux

L’année dernière, un mouvement contre les violences policières, baptisé #EndSARS (« En finir avec la SARS »), du nom d’une unité spéciale de la police accusée depuis des années de racket, de torture et même de meurtre, avait secoué les grandes villes du sud du pays. Il avait pris fin quand l’armée et la police avaient ouvert le feu au péage de Lekki, lieu de rassemblement emblématique des contestataires.

Dans la foulée, le gouverneur de l’Etat de Lagos, Babajide Sanwo-Olu, avait mis en place une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur cette tuerie qui avait provoqué l’indignation de la communauté internationale. Lundi, cette commission a remis au gouverneur de Lagos un rapport préliminaire censé rester confidentiel jusqu’à la publication de « recommandations » par le gouvernement régional, dans deux semaines. Mais le texte a fuité sur les réseaux sociaux lundi soir. Un membre de la commission et un responsable du gouvernement de Lagos ont confirmé mardi à l’AFP, sous le couvert de l’anonymat, qu’il s’agissait bien du rapport remis aux autorités la veille.

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Lors du premier anniversaire de cette répression, marqué par des commémorations, le gouvernement fédéral à Abuja avait réaffirmé à la presse que les militaires n’avaient pas tiré sur les manifestants réunis à Lekki et parlé d’« un massacre fantôme ». « Un an après, et en dépit de multiples opportunités pour les familles des présumées victimes […] de présenter des preuves, il n’y en a pas eu : pas de corps, pas de famille, aucune preuve tangible, rien », avait alors déclaré le ministre de l’information, Lai Mohammed.

Il avait également conseillé à l’organisation de défense des droits humains Amnesty International de « s’excuser » pour avoir « trompé la communauté internationale en affirmant qu’il y avait eu un massacre » et « pour avoir donné une mauvaise image » des forces de sécurité au Nigeria. Peu après la tuerie, Amnesty International avait affirmé qu’au moins dix manifestants pacifiques avaient été tués au péage. L’ONG faisait aussi état d’un bilan d’au moins 56 morts durant les semaines de contestation à travers le sud du pays, dont « des dizaines de jeunes ».

Des vidéos diffusées en direct sur Instagram

Sur les réseaux sociaux, plusieurs figures du mouvement de contestation, dont un grand nombre disent avoir été intimidées par le pouvoir après la répression, saluaient mardi les conclusions du rapport et la reconnaissance qu’un « massacre » a été perpétré le soir du 20 octobre 2020. « Le massacre de Lekki a eu lieu », a simplement écrit l’avocate Moe Odele sur Twitter (suspendu depuis près de six mois au Nigeria).

« Je ne peux pas croire que ces monstres nous ont fait croire que nous étions fous. Quelque chose que nous avons regardé sur Instagram en direct. Quoi qu’il en soit, le rapport est sorti maintenant et il est clair comme le jour », écrit le chanteur Falz sur Instagram, le réseau social où, la nuit du 20 octobre, des vidéos de la répression avaient été diffusées en direct.

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Les appels à traduire en justice les responsables de la tuerie et à indemniser les victimes, comme recommandé par la commission, se sont également multipliés.

Sur son compte Twitter, l’ambassade des Etats-Unis au Nigeria a « salué » mardi le rapport de la commission d’enquête. « Nous attendons avec impatience que le gouvernement de l’Etat de Lagos et le gouvernement fédéral prennent des mesures appropriées pour répondre à ces abus présumés et aux doléances des victimes et de leurs familles », a-t-elle déclaré.

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Le Monde avec AFP

via LeMonde

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