Au Parlement espagnol, le débat sur l’abolition de la prostitution est ouvert


Une prostituée à La Jonquera, en Espagne, le 22 juillet 2010.

LETTRE DE MADRID

Avec leurs néons lumineux formant des silhouettes aguichantes, les maisons closes s’affichent en grand sur les bords des routes espagnoles. Des macrobordels de La Jonquera, aux portes de la France – qui se targuent d’être les plus grands marchés du sexe d’Europe avec leurs armées de prostituées nigérianes, roumaines et latinas –, aux petits « clubs » sordides des routes secondaires devant lesquels stationnent fourgonnettes cabossées ou SUV rutilants, en passant par les bars à hôtesses des grandes villes, qui garantissent que leurs « employées » ne sont pas porteuses d’une maladie vénérienne.

Ces établissements font partie du paysage. Ils sont banalisés, au point que, selon les dernières enquêtes sociologiques existantes, entre 33 % et 40 % des Espagnols reconnaissent avoir déjà eu recours, au moins une fois dans leur vie, au sexe tarifé, et qu’environ 5 % en seraient des clients habituels. Ce qui en fait les premiers « consommateurs » d’Europe.

Difficile d’imaginer en finir avec ces clubs. Pourtant, c’est l’objectif que s’est fixé le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), au pouvoir. Le 7 juin, il a présenté une proposition de loi visant à abolir la prostitution en pénalisant les clients et toute forme de proxénétisme. Par 232 voix pour, 38 contre et 69 abstentions, le Parlement a accepté de l’examiner. Une première. « Dans une démocratie, les femmes ne se vendent pas et ne s’achètent pas », a défendu la porte-parole socialiste Adriana Lastra, insistant sur le fait que « la prostitution est incompatible avec la dignité humaine » et que « l’exploitation sexuelle, le commerce avec le corps des femmes, est le dernier résidu de l’esclavage ».

Selon le ministère de l’intérieur, qui communique régulièrement sur le démantèlement de réseaux d’esclavage sexuel, il y a plus de 45 000 femmes victimes de prostitution forcée en Espagne. D’autres estimations d’ONG spécialisées chiffrent par ailleurs le nombre de femmes prostituées entre 120 000 et 400 000, sous la contrainte pour plus de 90 % d’entre elles.

Flou juridique

En Espagne, malgré les panneaux lumineux et les publicités explicites, la prostitution n’est pas légale. Bénéficiant d’un flou juridique, elle n’est pas non plus illégale. Elle est « alégale », dit-on ici. Les clients ne sont sanctionnés d’une amende que lorsqu’elle a lieu sur la voie publique. Et le proxénétisme n’est pénalisé que lorsqu’il existe une « exploitation » lucrative des femmes, ce qui, dans les faits, limite les interventions de police aux cas flagrants – de séquestration par exemple — ou lorsque la prostituée dépose une plainte, ce qui est d’autant moins probable que l’immense majorité se trouve en situation irrégulière.

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via LeMonde

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