Au Pérou, la crise sanitaire pousse les enfants sur le chemin des champs

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Publié aujourd’hui à 18h42

Au milieu des maisonnettes en terre cuite, le collège Amauta, tout en béton brut, garde ses portes closes. A Quello Quello, bourgade du sud des Andes dans la région de Cusco, ce 15 mars, jour de rentrée des classes, est étrangement calme. Seuls quelques élèves sont venus s’enquérir du déroulement de l’année scolaire. « Il n’y a pas de journée de bienvenue ? » « Non, le message sera donné sur Facebook », répond l’assistante éducative, derrière la grille. Déçus, les enfants repartent dans leurs villages, parfois à plusieurs heures de là.

Pour la deuxième rentrée consécutive, l’école est virtuelle, en raison de la seconde vague de Covid qui déferle sur la région. La rentrée, qui se fait à la mi-mars dans ce pays de l’hémisphère Sud, a coïncidé en 2020 avec les premiers morts recensés au Pérou et le début du confinement. Ici, l’épidémie a été particulièrement meurtrière. Elle a causé jusqu’à présent la mort d’au moins 50 000 personnes, selon le ministère de la santé, plus de 102 000 selon le registre national des décès, faisant du pays l’un de ceux au plus fort taux de mortalité au monde.

Aaron, âgé de 12 ans, commence ses cours virtuels le matin dans sa chambre, le 16 mars 2021. Il utilise le téléphone de sa tante pour se connecter et recevoir ses cours. Dans la communauté de Cuyo Grande (région de Cusco), les habitants n’ont pas de Wi-Fi et les parents doivent payer des forfaits pour avoir accès à Internet.

Luciana est mère d’un garçon de 11 ans qui doit faire sa rentrée en sixième. Elle assure qu’autour d’elle, beaucoup d’enfants ont abandonné l’école. « “A quoi ça sert ?”, nous disent les jeunes. Ils s’ennuient vite devant l’écran, explique-t-elle dans un espagnol hésitant, avant de poursuivre en quechua, la langue de la région. Moi je ne peux pas aider mon fils, je ne comprends pas ce qu’on lui demande. Les plus grands s’en vont faire autre chose. Les plus petits nous aident aux champs. » C’est la fin de la saison des pluies ; sur les collines alentours, on s’active avant de semer pommes de terre et kiwicha (céréale andine). « Ils vont avoir du retard scolaire. Ces mesures sont incompréhensibles car ici, à la campagne, il n’y a pas de cas de virus !, s’agace Luciana. Comme j’aimerais que l’école reprenne normalement… »

« Rouvrir est encore prématuré »

Pourtant, au bout d’un an sans école en présentiel, peu de voix contestent la grande prudence du ministère de l’éducation. La rentrée s’est faite sans bruit. Parents, enseignants, syndicats s’accordent à dire qu’il faut privilégier la sécurité sanitaire. Près de 1 000 professeurs seraient morts du Covid-19, selon la mutuelle privée Derrama Magisterial. Le syndicat enseignant Sutep, lui, préconise la vaccination de l’ensemble du personnel avant toute réouverture. « Protégeons la vie et la santé de la communauté éducative », lit-on sur un tract.

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via LeMonde

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