Au Pérou, la « génération du bicentenaire » désenchantée se rend aux urnes

Par

Publié aujourd’hui à 01h14

Il s’appelle Pacha – « la Terre », en quechua, deuxième langue du pays. Sur son masque qui recouvre la moitié de son visage est inscrit, en lettres capitales, « Inti », le nom de son petit frère – « Soleil » –, tué le 14 novembre 2020 par des policiers, au cours d’une brutale répression de la jeunesse qui manifestait sa colère contre une classe politique honnie. Quelques jours plus tôt, les députés avaient voté à la majorité la destitution, à la suite d’accusations de corruption, du président par intérim Martin Vizcarra pour « incapacité morale permanente », une figure juridique rendue possible par la Constitution, mais perçue comme un coup d’Etat déguisé dans un contexte de guerre politique entre l’exécutif et le législatif depuis 2016.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Au Pérou, une génération en lutte contre la corruption

Dans le salon familial aux murs recouverts de photos du frère défunt, à quelques encablures du Congrès, où le jeune de 24 ans a reçu une balle en plein cœur, Pacha se remémore : « On est sortis dans la rue pour exprimer notre ras-le-bol généralisé. Trop de députés sont poursuivis par la justice et cherchent à défendre leurs intérêts avant ceux du peuple. » Inti Sotelo et Bryan Pintado – le deuxième jeune tué lors des manifestations – ont été baptisés « les martyrs du bicentenaire », alors que le Pérou fête cette année ses deux cents ans d’indépendance.

Pourtant, cinq mois plus tard, à la veille d’un scrutin où 25 millions de Péruviens doivent élire le prochain président pour cinq ans et renouveler les 130 membres du Congrès, l’unique Chambre parlementaire, le mouvement s’est essoufflé et les jeunes ont été peu visibles durant la campagne. « Aujourd’hui tout paraît oublié. La priorité est la lutte contre la pandémie », se désole Pacha.

A Lima, le 8 avril 2021. Pacha Sotelo montre un portrait dessiné de son frère, Inti Sotelo, et Brian Pintado, tués en novembre 2020 par des policiers.

La crise sanitaire et économique touche de plein fouet le Pérou, qui a détenu pendant plusieurs mois en 2020, le triste record du taux de mortalité due au Covid-19. Le pays s’apprête à voter, dimanche 11 avril, au pire moment, à nouveau, de l’épidémie, avec près de 200 morts par jour en moyenne. « Les Péruviens cherchent comment survivre, du point de vue sanitaire, mais aussi économique », estime Patricia Zarate, chef des études d’opinion à l’Institut d’études péruviennes, alors que le PIB a chuté de 12 points en 2020.

Election « la plus divisée de l’histoire »

Si la campagne a suscité si peu d’intérêt, c’est aussi parce que l’offre politique déçoit. « Ce sont les politiques de toujours. Ils ont tous un passé, ont trempé dans des affaires ou sont entourés de gens qui sont impliqués », se désole Pacha, alors que six des dix-huit candidats sont visés par des enquêtes pour corruption.

Il vous reste 58.61% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

via LeMonde

Total
2
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

“Macky à Madické : Demala beuga faal gua lidianeti mbiiri Ousmane Sonko”

Next Post

Bordeaux : L’étudiant S.O.D, atteint d’aplasie médullaire, donne signe de vie

Related Posts